SUR SA VIE ET SES OUVRAGES. LIX
plaisir; Crébillon eut le bonheur et la gloire de les vaincre ; car Pi/rrkus est une des pièces les plus intéressantes et les plus touchantes qu'on puisse lire, comme elle en est une des plus nobles et des plus élevées.
Ce l'yrrhus occupe dans l'histoire qhelquns lignes, dont voici la substance : « Pyrrhus, roi d'Épire, « du sang des jEacides et descendant d'Achille, fut « laissé fort jeune par son père sous la tutelle de « Glaucias. A l'âge d'houiuie, il combattit Néoptolème, « son compétiteur au trône, etlc tua(272ans av. J.-C.).» Sur ces linéaments, Crébillon construisit une fable simple et savante.
Pyrrhus, comme l'Oreste de son £fec<re, passe pour le fils de son tuteur Glaucias, et ne se connaît pas lui-même; il porte le nom d'Hélénus, qu'il a illustré par ses hauts faits. Cependant, les destinées de la guerre ont été contraires à Glaucias ; Néoptolême, vainqueur, a fait de nombreux prisonniers, parmi lesquels se trouve lUyrus, le véritable fils de Glaucias ; il offre de le rendre, si, en échange, (jlaucias lui livre ce Pyrrhus, dont on ignore la retraite , mais dont le nom seul lient en échec l'usurpation de Néoptolèmc. Glaucias refuse ; fidèle au sang d'.Achille, il laissera périr son propre fils plutôt que de livrer Pyrrhus. L'abnégation presque surhumaine de Glaucias provoque moins d'admiration que d'étonnement et de révolte chez Hélénus et lllyrus, qui se croient frèr^'s. lllyrus, qui ne peut pas mettre en doute la tendresse paternelle de Glaucias, conçoit un soupçon qui ne tarde pas ù se changer eu certitude ; il a deviné qu'IIéléuus n'était pas son frère et devait être ce Pyrrhus tant rrdouté. Dès lors, il se soumet à son destin et accepte silencieusement le sacrifice de su vie ; c'est te qu'il l'ait entendre à Glaucias :
if pourrais d'un seul mot oviler mon malheur; Mais ce mot ^cliuppé vous pprcerait le cœur. C'est ilans le fond du niion qu'enfermant ce mystùre, Je vais sauver Pyrrhus, votre gloire, et me taire,
Hélénus, à son tour, demande compte à Glaucias do rindilférence barbare qui lui fait abandonner lllyrus. La scène est vraiment magnifique. « Qu'est-ce que ce « Pyrrhus », s'écrie-t-il, <> que vous préférez à votre « propre sang ? Que fait-il? Où se cache-t-il ? »