‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 413 sur 454 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Ofi vais-je, infortunée ? et quel espoir me luit? Uue de cris ! que de pleurs ! et quelle affreuse nuit ! Effroyable séjour des horreurs de la guerre, Lieux inondés du sang des maîtres de la terre, Lieux dont le seul aspect fit trembler tant de rois, Palais où Cicéron triompha tant de ibis, Désormais trop heureux de cacher ce grand homme, Sauvez le seul Romain qui soit encor dans Rome.

(Apercevant le tableau des proscrits.)

Que vois-je à la lueur de ce cruel flambeau ? Ah ! que de noms sacrés proscrits sur ce tableau

CRliBU.LON. 13

Rome, il ne manque plus, pour combler la misère, Que d'y tiacer le nom de mon malheureux père. Qu'on peut, sans t'olTenser, nommer aussi le tien. Hélas ! après les dieux il est ton seul soutien.

(a la statue de César.)

Toi qui fls en naissant honneur à la nature. Sans avoir des vertus que l'heureuse imposture ; Trop aimable tyran, illustre ambitieux, Qui triomphas du sort, de Gaton et des dieux ; Brutus, s'il est ton fils, a plus fait pour ta gloire

(Elle montre le nom d'Octave à la tête des prescripteurs.)

Que ce tigre adopté pour flétrir ta mémoire. César, vois à quel*itreil prétend t'égaler : Mais c'est en prosurivant qu'il sait se signaler. Sacrifie à nos pleurs ce successeur profane ; Si ton cœur l'a choisi, ta gloire le condamne : Ce n'est pas sous son nom qu'un glorieux burin Enchaînera jamais et la Seine et le Rhin. Sous un joug ennobli par l'éclat de tes armes, Nous respirions du moin s sans honte et sans alarmes, Loin de rougir des fers qu'illustrait ta valeur. On se croyait paré des lauriers du vainqueur ; Mais sous le joug honteux et d'Antoine et d'Octave, Rome, arbitre des rois, va gémir en esclave. Quel spectacle nouveau vient me remplir d'effroi f

(a la statue de Pompée.)

Ah ! Pompée, est-ce la ce qui reste de toi? Misérables débris de la grandeur humaine, Douloureux monument de vengeance et de haine, Plus on dispersera vos restes immortels, Et plus vous trouverez et d'encens et d'autels. El toi, digne héritier d'un nom que Rome adore, Héros qu'en ses malheurs chaque jour elle implore, Pour nous venger d'Octave, accours, vaillant Sex- A ce nouveau César sois un nouveau Brutus : [tus ; Octave est si cruel, qu'il rendrait légitime Ce qui même àsesyeux pourrait paraîtreuncrime... Mais dans l'obscuiMté qu'est-ce que j'entrevois? Hélas ! que je le plains ! c'est le chef des Gaulois. Tandis que pour mon père il expose sa vie, Mon père pour jamais va lui ravir Tullie.

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