‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 416 sur 454 · LÉPIDE, TULLIE · texte numérisé non relu

LÉPIDE, TULLIE

LÉPIDE

Vertueuse Tullie, Arrêtez un moment ; c'est moi qui vous en prie. Confondez-vous Lépide avec des furieux.

Opprobres à la fois des hommes et des dieux ? Triumvir malgré moi., lyran sans barbarie, Je venais avec vous pleurer sur la patrie. Et dire à votre père un éternel adieu. Ma vertu souffre trop en ce funeste lieu, Dont je ne puis chasser mes collègues impies, Monstres dans les enfers nourris par les Furies ; Et le sénat, en proie à ces deux inhumains. Me charge des ibrfails réservés à leurs mains. Tandis que nos malheurs sont leur unique ouvrage, La haine et le mépris vont être mon partage. Sur un honteux soupçon, et si peu mérité, Du cœur de Cicéron j'attends plus d'équité. Mais de ces lieux cruels il faut que je m'exile: Dans l'Espagne, oîi j'ai su me choisir un asile,

890 LE TIUUMYIRAT.

Je vais cherclier, madame, un ciel moins corrompu , Pour sauver mon honneur, mon nom et ma vertu.

TULLIK.

Ah ! la vertu qui fuit ne vaut pas le courage Du crime audacieux qui sait braver l'orage. Que peut craindre un Romain des caprices du sort, Tant qu'il lui reste un bras pour se donner la mort? Avez-vous oublié que Rome est votre mère? Demeurez, imitez 1 exemple de mon père ; Et de votre vertu ne nous vantez réclat Qu'après une victoire, ou du moins un combat. On n encensa jamais la vertu fugitive, Et celle d'un Romain doit être plus active : On ne le reconnaît qu'à son dernier soupir. Son honneur est de vaincre, et, vaincu, de mourir : De toute autre vertu rejelez le mensonge. Lamort pour un Romain n'est que la fm d'un songe . Mais Gicéron qui vient vous dira mieux que moi Qu'un grand homme n'est rien s'il ne l'est que pour

(Elle sort.) [soi.

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