‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 43 sur 454 · LXIV NOTICE SUR CREBILLON · texte numérisé non relu

LXIV NOTICE SUR CREBILLON

même de si peu; ce fut une tragédie en cinq actes qu'il offrit aux mânes irrités de Cicéron. Vaillant effort d'un poète de quatre-viugls ans, fier et robuste comme un grand chêne. Cette tragédie expiatoire, intitulée le Triumvirat ou la Mort de Cicéron, témoigne encore de la vigueur du vieux rhapsode; elle n'ajoute rien à sa gloire, mais ne la diminue pas.

L'étude rapide de ces grandes œuvres montre chez Crébillon une inspiration soutenue qui le maintient sur les hautes cimes de l'art comme dans sa région naturelle. On a été moins juste pour son style que pour ses plans et ses combinaisons tragiques. "Voltaire et La Harpe se sont entendus pour lui assurer une réputation d'écrivain incorrect et barbare, contre laquelle protestent d'avance les citations que j'ai faites de ses œuvres au cours de Ja présente notice. Le procédé de La Harpe, cher à l'ancienne critique, consiste à choisir certains vers d'un poète, et à les isoler de ce qui les entoure, en signalant par des caractères italiques les expressions peu usitées ou réellement incorrectes, les associations de mots nouvelles, les figures inventées, par conséquent les défauts et les beautés pêle-mêle. Le lecteur ainsi prévenu se laisse prendre à des chicanes minuscules et puériles, au moyen desquelles on prouverait je ne dis pas que Voltaire ou La Harpe, ce serait trop aisé, mais que le grand Corneille et Racine lui-même écrivaient en mauvais français.

Certes Crébillon a ses défauts; il en est un surtout qui a dû tenir à sa manière de travailler; il n'écrivait rien ; il composait ses vers comme un orateur ses discours en se les récitant à haute voix. C'est seulement la pièce finie qu'il se décidait à la confier au papier. Voilà pourquoi l'on ne possède rien de celles qu'il avait rêvées ou entreprises sans les achever. Du reste, Crébillon, qui possédait le sens critique à un très haut degré, comme le prouvent ses remarquables préfaces, s'est expliqué sur la question des « corrections », d'où dépeud la correction, avec la netteté qui caractérise ses écrits en prose. Voltaire avait fait précéder sa Séniiramis, publiée en 1748, par

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