IXVIII NOTICE SUR CRÉBILLON
Héros, qui pour tout bien recherchez la victoire. Qu'un peu de sang perdu couvrit souvent de gloire, Peur en savoir le prix c'est peu d'être guerrier, Il faut avoir un cœur à lui sacrifier !
La pensée de ces beaux vers est touchaute; la forme eu est plutôt héroïque. C'est ainsi que Crébillon fait plus naturellement sonner le clairon que parler la flûte ou le hautbois.
Le vers de Crébillon n'a pas que la sonorité du vers moderne; il en a la libre souplesse, grâce à. des rejets et à des enjambements qui durent faire frémir les Viennets du xviic siècle :
Elle est femme, jalouse, imprudente, hardie ;
Elle sait tout
Calilina.
Je dois tout à Pj'rrhus, ma gloire, ma couronne
Et la vie
Pyrrhus.
II excelle à exprimer dans un petit nombre de uinta la profondeur d'un caractère ou l'énergie d'une situation :
Méconnais-tu ce sang? — Je reconnais mon frère!
Ce dialogue fulgurant et rapide comme le choc de deux glaives est tout a fait dans la manière de Corneille, qui a tant créé de ces vers pleins et serrés, où le sens déborde les mots, tels que ceux-ci, qui se trouvent dans la dernière scène de Suréna :
— Quoi! vous causez sa perte et n'avez point depleursî
— Non, je ne pleure pas, iMadame; mais je meurs.
De pareils traits, qui, pour être sentis au théàlrc, exigent une grande intensité de sentiment chez l'acteur et une rare soudaineté de perception chez l'auditeur, échappaient à Voltaire et probablement à ses frivoles contemporains. « Que cela est faux! que cela est pauvre! » écrit-il à propos des deux admirables vers de Suréna, quon vient de lire. Voltaire était un vulgarisateur; il sentait d'instinct que les esprits paresseux ont besoin, pour comprendre, que le poète développe et noie sa pensée dans cette « abondance stérile», qui est le propre des littératures de dé cadcûce. On voit que si Voltaire était injuste pour Gré-