‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 5 sur 454 · SUR SA VIE ET SES OUVRAGES. TX · texte numérisé non relu

SUR SA VIE ET SES OUVRAGES. TX

ans de veuvage. Du reste, il mourut cette année même le 24 décembre 1707, au moins septuagénaire.

Prosper Jolyot, devenu régulièrement M. de Crébillon, fut forcé de se rendre en Bourgogne pour recueillir sa part de l'héritage paternel. II s'y trouva en face d'un désastre. Les contemporains et les amis même de Crébillon, ces éternels amis toujours prêts à la médisance et au blâme, en accusèrent son insouciance et son incapacité dans la conduite des affaires. Ils se trompaient. Des documents judiciaires, que j'ai eu la bonne fortune de rencontrer, en les cherchant (1), me permettent d'établir la vérité sur ce point.

Melchior Jolyot laissait un actif assez considérable, composé de ses charges de judicature, d'une maison à Dijon ; de deux autres maisons et de plusieurs pièces de vignes, sises dans une localité dont le nom est estropié d'une manière qui ne permet pas de le reconstruire ; enfin du fief de Crébillon sur la paroisse de Brochon ; sans compter les meubles meublants et autres valeurs. Malheureusement les dettes étaient accablantes et dépassaient de beaucoup la valeur présumée de l'actif.

Crébillon et son frère Melchior n'acceptèrent la succession que sous bénéfice d'inventaire : leur troisième frère Pierre Jolyot y renonça purement et simplement. Les biens immeubles et les charges même de greffier en chef, de maître clerc et de contrôleur du greffe furent saisies réellement par les créanciers. Celles-ci furent adjugées à la barre de la Cour des Aides de Paris le 1" août 1714 à Jean François Cinqfonds, ancien greffier de la mairie de Dijon. Au nombre 'des créanciers figurait messire Louis-Bénigne Berthier de Sauvigny, président de la cinquième chambre des enquêtes du Parlement de Paris, pour le solde de la charge de maître clerc que feu Melchior n'avait pas achevé de payer au bout de vingt-huit ans. M. de Sauvigny fit opposition à la saisie par acte au greffe de la Cour des Aides le 7 septembre 1714, et i-equit l'ouverture d'un ordre de distribution, au profit des créanciers, de la somme de 18,050 livres, montant de l'adjudication prononcée au profit de Jean-F'rançois Cinqfonds; cette distribution eut lieu par arrêt de la Cour des Aides seulement le 10 juillet 1717. Les enfants Jolyot essayèrent au moins de sauver leur part

(1) Cabiuet des Titres, dossier Jolyot. ^

X NOTICE SUR CREBILLON

de l'héritage maternel; ils se portèrent créanciers avec la masse. Ils n'y réussirent qu'en partie. Leur mère, Henriette Gagnard, était morte le 18 juillet 1686, léguant tous ses biens à son mari, par testament du 28 juin précédent, à la charge par le légataire universel de payer mille francs à chacun de leurs enfants. Mais il était ensuite intervenu entre ceux-ci, représenté? par un curateur, et leur père, une transaction du 21 janvier 1688, aux termes de laquelle le greffier s'engageait à leur payer à chacun trois mille livres au lieu de mille.

Les trois frères demandèrent donc leur collocation à l'ordre pour trois mille francs par tète plus les inté rets; M. Berthier de Sauvigny s'avisa d'attaquer la transaction de 1688 comme frauduleuse ou simulée ; la Cour lui donna gain de cause. Crébillon fut admis pour les mille livres du testament primitif plus cinq années d'arrérages, ensemble quelque chose comme douze cent cinquante livres en tout. Loin de lâcher prise, il continua de lutter, car des procurations données par lui à un de ses confrères du barreau de Paris, nommé Melchior Poulin de Soumis, prouvent qu'en 1 721 cette liquidation compliquée n'avait pas encore pris fin.

Voil^ des détails bien arides sans doute ; mais ils disculpent un homme célèbre «de reproches injustes dont il souffrit plus qu'on ne le croyait autour de lui; ils font en même temps comprendre les causes de la gènp profonde et inattendue <^uj remplaça pour lui, entre sa trente-cinquième et sa quarantième année, l'espoir d'une honnête aisance qui l'avait soutenu jusque-la.

Son séjour en Bourgogne ne se prolongea pas sans doute au delà des premiers mois de 1708; mettant à profit les loisirs que lui créait l'interminable et fastidieuse longueur des premières procédures, il rapporta de Dijon une troisième tragédie, intitulée Electre, que les Comédiens Français représentèrent le 14 décembre 1708, et qui ne fut pas accueillie avec moins d'admiration qu'Airée et Thyeste. La place de Crébillon fut de ce jour marquée à l'Académie française ; il y aurait certainement obtenu l'un des sept fauteuils qui vaquèrent

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