SUR SA VIE ET SES OUVRAGES. XV
. Lorsque Crébillon le prononça, l'Académie éclata en applaudissements. Cette noble déclaration du poète et l'approbation publique qu'elle reçut suffisent à détruire les insinuations perfides de Voltaire au sujet de La Mothe et de J.-B. Rousseau.
Quelque temps après son entrée à l'Académie, il fut attaché à la maison de M. le comte de Clermont (Louis de Bourbon-Condé), qui habitait le petit Luxembourg, oîi Crébillon eut un logement. Combien cela dura-t-il? Aux almanachs royaux de 1734 et 1736, le nouvel académicien, oiseau sur la branche, n'a déjà plus d'adresse. Mais, en cette dernière année, ayant été nommé censeur royal et censeur de lalpolice, il s'alla loger rue de Grenelle Saint-Germain. Il en sortit en 1741 pour prendre rue Saint-Louis au Marais, à l'encoignure de la rue des Douze-Portes (aujourd'hui fort singulièrement baptisée Villehardouin), une installation définitive qu'il garda jusqu'à sa mort. La plupart des censeurs royaux pour les belles-lettres, l'histoire, etc., appartenaient à l'Académie française. Crébillon retrouva parmi eux ses collègues Fontenelle, l'abbé Sallier, Danchet, Hardion, Montcrif, de Boze, l'abbé Dubos, etc., etc. Très dévoué à l'ordre établi et au Roi, il exerça ses fonctions en conscience, toutefois avec assez de modération pour ne faire crier personne, jusqu'au jour où il eut le malheur de déplaire au tyran du jour, non pas au flegmatique et débonnaire Louis XV, mais au redoutable roi Voltaire.
Les censeurs royaux se partageaient la lecture et l'examen des livres qui sollicitaient la permission d'imprimer, et qu'on leur soumettait d'ordinaire eu épreuves. Mais, en qualité de «tenseur de la police, Crébillon fut particulièrement chargé de la censure des théâtres, c'est-à-dire de l'examen des pièces proposées pour la représentation. S'il jugeait la pièce inoffensive, il lui accordait le visa sous sa proprs responsabilité; dans le cas contraire, il en référait aus premiers gentilshommes de la Chambre, qui avaient la haute main sur la Comédie Française et sur la Comédie Italienne ; au besoin la question était portée devant le ministre de la maison du roi, qui décidait en dernier ressort (1). C'est à peu près ainsi
(i) Voir, dans la Gazette anecdotique du 15 septembre J 884, uao