‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 8 sur 454 · XVI NOTICE SUR CREBILLON · texte numérisé non relu

XVI NOTICE SUR CREBILLON

que les choses se passent de nos jours en Angleterre, où la censure appartient au lord chambellan, qui fait examiner les pièces de théâtre par les clerks de ses bureaux.

Est-il vrai que le Mahomet de Voltaire ait passé par les mains de Crébillon, et qu'il n'ait pas dépendu de celui-ci que la pièce ne fût interdite? Rien de moins certain. Voltaire s'en plaignit en effet, mais à quelle date? en 1761, et Mahomet avait été joué en 1742. Une s'en était jamais avisé pendant vingt ans, et les récriminations contre Crébillon, qu'on rencontre si nombreuses et si amères dans sa correspondance, ne contiennent pas la moindre allusion à ce grief. Cependant on lit dans l'avertissement des éditeurs de Kehl : « En 1741, Crébillon refusa d'approuver la tragédie de Mahomet, non qu'il aimât les hommes qui avaient intérêt à faire supprimer la pièce » (ceci paraît viser les jansénistes, qui furent les véritables adversaires de Voltaire en cette occasion), « ni même qu'il les craignît, mais uniquement parce qu'on lui avait persuadé que Mahomet était le rival d'Atrée. M. d'Alembert fut chargé d'examiner la pièce, et il jugea qu'elle devait être jouée: c'est l'un de ses premiers droits à la reconnaissance des hommes et à la haine des fanatiques, qui n'ont cessé depuis de le faire déchirer dans les libelles périodiques. »

Tout cela est peu exact ou peu croyable. D'abord la date de 1741 est fausse. On n'a qu'à parcourir la correspondance de Voltaire, pour s'assurer qu'en 1741, après une représentation d'essai donnée à Lille par le comédien La Noue, qu'il appelait « le singe La Noue », Voltaire avait entrepris la refonte de sa tragédie. Le Théâtre Français ne la représenta que le 9 août 1742; l'examen par la censure ne doit pas remonter au delà du printemps de cette même année. Et que Crébillon redoutât dans le Mahomet de 1742 un rival pour son Atréeioué en 1707, où sont la vraisemblance et le bon sens? Reste la formidable « réclame » offerte par l'éditeur de Kehl, c'est-à-dire par Beaumarchais, à d'Alembert; mais on néglige de nous faire connaître à quel titre d'Alembert, qui n'avait que vingt-quatre ans en 1742, déjà célèbre il est vrai,

lettre de Crébillon au maréchal duc de Richelieu, à propos d'une pièce de Faaard.

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