SUR SA VIE ET SES OUVRAGES. XVU
mais seulement par ses étonnantes aptitudes en géométrie qui l'avaient fait nommer en cette même année pensionnaire de l'Académie des sciences, aurait été convié à examiner une tragédie et à en faire son rapport.
Somme toute, sans exclure l'hypothèse que Crébillon, consulté, eût présenté quelques objections ou formulé quelques réserves au sujet d'un ouvrage que Voltaire lui-même qualifiait de difficile et d'épineux, j'estime que nous avons affaire ici à une de ces mille inventions que prodiguait Voltaire pour les besoins de sa cause, de celle cause permanente au fond, mais qui variait chaque jour d'objectif, celle de son intraitable orgueil. Nous allons retrouver tout cela un peu plus loin, à propos d'une autre pièce de théâtre, contre laquelle Crébillon prit décidément parti.
De nouvelles préoccupations, compensées par des joies intimes, se mêlèrent vers cette époque aux difficultés de toute espèce contre lesquelles Crébillon luttait avec philosophie. On sait qu'il avait eu de Marie-Charlotte Péaget un premier né, Claude-Prosper, et que cet enfant, demeuré bientôt fils unique, atteignait à peine sa quatrième année quand la mère mourut..Hcureusement le redoutable poète des Atrides, le robuste bourguignon, si imposant de stature et de visage, était le meilleur des hommes et se révéla le père le plus tendre. Claude-Prosper, à trente-ciuq uns, était l'homme du monde accompli, poli, spirituel, élégant de manières, et de mœurs réglées sous des formes légères. Bival heureux de Marivaux, avec plus de galanterie et moins de sérieux, il s'était fait un nom dont l'aimable auréole brillait d'une douce lueur à travers la gloire de son père. Les deux Crébillon donnaient ce spectacle charmant, mais non pas si rare qu'on n'en puisse rencontrer d'autre exemple en descendant le cours des âges, d'un père et d'un fils cultivant les lettres dans des genres différents, mais unis dans l'amitié la plus tendre et la plus indissoluble, jusqu'à ce que, le jour fixé par les lois naturelles étant venu, Dieu voulût accorder cette dernière grâce au grand poète et au grand homme de s'endormir pour toujours dans les bras de son fils. Mais il faut laisser la parole à Claude-Prosper, dédiant un de ses livres, le meilleur si je ne me trompe, à son père. C'est