‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1119 sur 1518 · SCENE IV ISABELLE, D. CÉSAR, BÉATRIX, CARLIN · texte numérisé non relu

SCENE IV ISABELLE, D. CÉSAR, BÉATRIX, CARLIN

Comment avecque vous faut-il que je m'explique, Mon frère? Je rougis lorsque je me souviens Et de ma complaisance, et de nos entretiens. Quelles plaintes de vous n'ai-je pas lieu de faire? Car vous saviez déjà que vous étiez mon frère. Et n'avez si longtemps caché votre retour. Que pour voir sur mon cœur ce que pourraitl'amour.

D. CÉSAR

Oui, ma sœur, il est vrai, je vous avais connue,

J'appris (lui vous étiez vous voyant dans la rue,

Et sans savoir pourquoi je ne vous parlais pas,

La curiosité me fit suivre vos pas.

C'est par là que d'abord avecque tant de zèle

Contre un lâche importun je pris votre querelle;

Je vous cachai mon nom, pour avoir la douceur

De connaître à loisir le fond de votre cœur.

Plus vous vous expliquiez sur la reconnaissance,

Plus j'aimais à jouir de votre complaisance;

Et pour pouvoir goûter plus longtemps avec vous

Les charmes innocents d'un commerce si doux.

Croyant qu'un autre ciel, l'air de la mer, et l'âge,

Auraient assez changé les traits de mon visage,

Rencontrant par malheur Béatrix sur mes pas,

J'ai feint d'en être cru ce que je n'étais pas;

J'en avais déjà fait autant avec mon père,

Vous êtes survenue, il a fallu me taire.

Plus de feinte à poursuivre étant connu de vous.

BÉATRIX

Pouvoir à Béatrix soutenir... Entre nous. Monsieur, vous savez bien ce qu'il faut que j'en CARLIN, Cl D. César. [pense.

Là, deux pas en avant, renouez connaissance.

Cependant la surprise est assez à blâmer, On sait de quelle sorte un frère doit aimer ; Et je ne conçois pas à quel dessoin votre àme, [me. Tournant toutsur l'amour, m'afaitvoirtantdeflam- Pourquoi par mille vœux avoir tenté ma foi ?

D. CÉSAR

Pour savoir ce qu'il faut que j'attende de moi ; Un Indien privé par une longue absence De ce que du beau monde acquiert l'expérience, Avant qu'il se hasarde à paraître au grand jour, Doit par de doux essais prendre l'air de la cour; Ainsi j'ai cru, ma sœur, que, sans vous faire injure. Je pouvais d'un beau feu vous tracer la peinture ; Et ce que par le sang je sens pour vous d'ardeur, , N'avait que trop de quoi faire parler mon cœur. I|

Ne me blâmez donc point, si m'y laissant surprendre. Il peut m'être échappé quelque soupir trop tendre. Vous vous étiez pour moi déclaré hautement, Vous avez du mérite, cl parliez en amant. [me. C'est parla que dans l'âme un beau feu se consora- U n frère qui se cache est fait comme un au tre homme, Et pour se faire aimer, a d'autant plus d'appui, Que le sang en secret s'intéresse pour lui.

D. CÉSAR

Quoi, vous repentez-vous d'avoir été capable

De suivre, en me voyant, un penchant favorable?

D'avoir souffert mes soins?

Ne me demandez rien.

D. CÉSAR

Mérité-je si peu qu'on me veuille du bien? Soumis, passionné, suis-je indigne de jilaire?

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