‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1368 sur 1518 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

La décoration de cet acte représente le château du liaron, qui, faisant son plaisir des spectacles, a préparé un combat à la barrière, pour rendre plus solennel le jour destiné au mariage de ses deux nièces, Aminte et Ismène, dont l'une est promise à Damis et l'autre à. Dorante. Ces deux amants s'ctaut engagés à servir de chefs de quadrille dans ce combat entrepris à la gloire du beau sexe, sous le titre du Triomphe des Dames, donnent ordre à tout ce qui leur est nécessaire pour y paraître avec éclat ; et c'est par cette raison que Dorante s'éloigne d'Ismène pendant dix ou douze jours, et la laisse dans Je château du baron avec sa mère qui y est demeurée malade. Ainsi l'ouverture de la scène se fait par le retour de Dorante qui, avant que de voir sa maîtresse, apprend de Lucile que, depuis son départ, un jeune cavalier nommé Orontc, est arrivé dans le château, où il s'est insinué dans l'esprit du baron, et apparemment dans celui d'Ismène, qui l'écoute assez volontiers dans toutes les conversations particulières qu'il peut avoir avec elle. Dorante, dont le caractère est d'un homme brusque et toujours contrariant, prend feu à celte nouvelle, à laquelle Lucile ajoute qu'un capitaine assez incommode, qu'il a laissé en partant dans le château du baron, a découvert à Ismène qu'il connaissait Clarisse, que Dorante avait aimée avant elle, et lui en a fait une peinture si avantageuse, l'ayant vue souvent à Lyon qui est le lieu de la naissance de tous les deux,- qu'elle n'avait pu se défendre d'en prendre des sentiments de jalousie, qu'il aurait de la peine à étouffer. L'arrivée du capitaine rompt cet entretien; Dorante va chercher Ismène, et Lucile qui voit venir Oronte,que le capitaine ne connaît point encore, le laisse en liberté de lui conter des nouvelles de guerre qu'elle n'avait point envie d'écouter. Ce capitaine est fort surpris de reconnaître dans Oronte cette même Clarisse dont il avait parlé si avantageusement à Ismène. Clarisse qui se voit découverte, n'a point d'autre parti à prendre que celui d'engager le capitaine au secret en lui faisant contidence de la perfidie de Dorante, qui étant parti de Lyon pour une affaire indispensable, avec promesse de lavenir épouser sitôt qu'elle serait terminée, avait la lâcheté de la quitter pour Ismène; ce qui lui avait fait prendre la résolution de ce déguisement qui lui facilitait les moyens de parler à Dorante, et de voir si, par sa présence, elle ne pourrait pas l'obliger à se repentir de sa trahison. Le capitaine paie cette confidence par une autre, et lui découvi'c qu'ayant vu Aminte, sœur d'Ismène, chez une parente, à Paris, sans avoir jamais vu sa mère, il s'en était fait assez

aimer pour l'engager à lui promettre d'attendre son retour de l'armée pour eu venir faire la demande ; mais qu'elle avait une je ne sais quelle nonchalance d'humeur qui la faisait consentir aux choses môme qui ne lui jihusaient pas, pour s'é|)argner la peine de contredire; qu'ainsi ses parents l'ayant accordée à Damis pendant qu'il était absent, elle n'avait pas eu la force de déclarer qu'elle avait de l'engagement ailleurs; qu'il était accouru sur l'avis qu'on lui en avait donné; et qu'affectant de plaisanter et de parler incessamment de guerre et de combats, il se rendait tellement incommode à tous ceux qui étaient dans le château, qu'on cherchait à s'en débarrasser aussitôt qu'on le voyait paraître; ce qui lui faisait naître l'occasion d'entretenir souvent Aminte, dont on ne le croyait écouté que parce qu'elle ne pouvait se résoudre à lui dire qu'il l'importunait. Après cette réciproque confidence, Clarisse qui veut convaincre le capitaine de la passion que Dorante a eue pour elle, lui montre quantité de billets qu'elle a reçus de lui et lui en fait lire un qu'elle reprend avec tant de précipitation dans l'instant qu'elle voit venir Aminte, qu'elle en laisse tomber un autre qui demeure sur le théâtre pendautqu'elle s'éloigne, et que le capitaine rend compte à Aminte de ce qu'il a préparé pour son enlèvement, dans le dessein d'une mascarade dont il a fait courir le bruit sans qu'on en sache l'auteur. Il l'avertit de ne pas oublier d'ouvrir sa montre, afin que ce signal la fasse connaître à ceux qu'il emploie dans cette mascarade, pour celle qui doit être enlevée : à quoi elle consent, parce que la chose s'exécutant pendant un divertissement donné, ne paraîtra point s'être faite de concert avec elle. Damis amant déclaré d'Aminte et qui dégoûté de son indolence, est devenu amoureux d'Angélique cousine d'Aminte et d'Ismène, trouble cette conversation. Le capitaine qui l'aperçoit prend aussitôt son caractère de guerrier importun, et ne parle que de la beauté de son équipage, et delà magnificence de sa compagnie, jusqu'à ce qu'Angélique qui arrive avec Fauchon, petite sœur d'Aminte et d'Ismène, avertit la première que sa mère la fait chercher. Elle sort, le capitaine la suit; Damis conte des douceurs à Angélique, qui, suivant son enjouement naturel, tourne en raillerie tout ce qu'il lui dit ; et Fanclion ramassant le papier que Clarisse a laissé tomber, y trouve pour titre. Chanson sm- l'air de : Vous étonnez-vous. Comme elle reconnaît cet air pour être un de ceux qu'elle a entendu chanter àCircé,elleen étudie les paroles, tandis qu'Angélique oblige Damis à la quitter pour aller rejoindre Aminte, etqu'Ismèneentre avec Dorante. <|ui lui reprochcquemalgré toutes les prièresqu'il lui a faites do se conserver, elle n'a pas laissé de passer plusieurs nuits sur la rivière depuis son départ, quoiqu'elle sache que l'airde l'eau l'incommode, et qu'il

LE TRIOMPHE DES DAMES, ACTE II

n'y a rien qui lui soit plus contraire que de veiller. | ismène dont le caractère est d'une personne qui veut absolument tout ce qu'elle veut, et qui ne prend que ce qu'elle a résolu pour règle de sa conduite, se révolte contre les remontrances de Dorante; et cette querelle ne tinit que par l'ordre quelle lui donne de lui chanter un air nouveau qu'il lui a dit qu'il avait fait faire pour elle. Il s'en excuse sur le désordre d'esprit où elle l'a mis; elle s'obstine à vouloir de lui celte marque de complaisance, .\insi il commence deux fois à

chanter ces paroles: L'excès de mon amour et

s'étant interrompu deux fois lui-même, sur ce que dans le chagrin où il est il a la voix pitoyable, Ismène s'offense de ce refus, et, sans lui rieu dire davantage, elle s'adresse à Fanchon pour la faire chanter. Fanchon qui a assez étudié les paroles qu'elle a trouvées, chante les quatre premiers vers. Dorante fort surpris de les entendre, et les reconnaissant, parce qu'il les a faits autrefois pour Clarisse, interrompt Fanchon, à qui Ismène fait recommencer les paroles qui suivent.

J'avais fait serment De vivre sans chaînes, Et fuyais les peines Qu'on souffre eu aimant.

De cette injustice, Par un prompt retour, Les beaux yeux de Clarisse Ont vengé l'Amour.

Le nom de Clarisse qui frappe Ismène, l'oblige à prendre le papier des mains de Fanchon. qui lui dit qu'elle la trouvé dans le même lieu où ils sont. Elle reconnaît l'écriture de Dorante, et ne doutant point que les vers ne soient de lui, elle le raille froidementdecequ'ilseplait tant à se souvenir de cette belle absente. Dorante lui reproche l'outrage qu'elle lui fait à soufl'rir l'enlretien d'Oronle: elle lui répond que c'est un rival redoutable; et le quittant brusquement, le laisse dans tout l'embarras où peut être unamani qui appréhende de perdre ce qu'il aime.

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