I.Ë MARQUIS
Fourbe» de profession, qui ne savent rien, et qui éblouissent les crédules.
LA CO.MTESSE.
Mais, je vous prie, par quel intérêt madame Jobin me voudrait-elle empêcher de vous épouser?
LE MARQUIS
Que sais-je, moi? J'ai quelque rival caché qui me veut détruire, et je ne puis comprendre comment vous souffrez que votre suivante, mademoiselle Du Buisson, ait plus de force d'esprit que
vous. Elle vous dit tous les jours que vous venez consulter une ignorante; et, si vous l'en vouliez croire, vous vous moqueriez de ses extravagantes prédictions.
LA CO.MTESSE.
Du Buisson est une folle. Il m'est arrivé des choses qu'il n'y a qu'elle au monde qui sache, et madame Jobia nous les a dites de point en point. Je ne sais, après cela, comment Du Buisson peut être incrédule.
LE MARQUIS
Le hasard l'a pu faire rencontrer heureusement.
LA COMTESSE
Enfin, monsieur le marquis, vous croirez d'elle ce qu'il vous plaira. Je vous aime, et il n'y aura jamais que vous qui me puissiez faire renoncer à l'état de veuve : mais après les vérités qu'elle m'a dites^ cent fois, je la dois croire, et ne prétends point me rendre malheureuse en vous épousant. Vous voyez que je n'oublie rien de ce que je puis faire pour vous. Je l'ai priée d'examiner plus précisément de quel genre de malheur je suis menacée, et si c'est une fatalité qu'on ne puisse vaincre. Ma résolution dépend de ce qu'elle me dira, à moins que vous ne me fassiez connaître qu'elle est une fourbe, et que tout ce qu'elle sait n'est qu'artifice.
LE MARQUIS
J'en viendrai à bout, madame, et vous en allez avoir le plaisir. iNe manquez point à lui demander do mes nouvelles, je suis sûr (jue son diable n'en sait point assez pour lui apprendre mon déguisement.
LA COMTESSE
Il ne lui parle pas toujours quand elle veut, et elle abesoin quelquefois de plusieurs jours pour le conjurer.
LE MARQUIS
Voilà l'adresse. Elle prend du temps pour s'informer de ce qui lui est inconnu, et elle vous dira que je me serai déguisé quand elle aura pu le découvrir. Et la Giraudière qui vint chez vous hier au soir? Croyez-vousqu'elle lui fasse ret.'-ouver ses pistolets?
LA CO.MTESSE.
Pourquoi non?
LE MARQUIS
Il ne le croit pas, lui.
LA COaMTESSE.
Quand elle ne lui dirait point qui les a pris, je ne la croirais pas fourbe pour cela. Est-elle obligée de tout savoir? Il me semble que c'est bien assez qu'elle ne dise jamais rien que de véritable.
LE MARQUIS
Je me rends, madame, et je crois présentement madame Jobin la plus grande magicienne qui fut jamais ; car, à moins qu'elle ne vous eût donné quelque charme, vous n'entreriez pas si obstiné-
LA DEVIN EHESSK, ACTE I, SCÈNE VI
mcnl dans son parli. Pour moi. je nu sais plus co qu'il faut faire pour vous dùlroniper.
LA COMTKSSE.
Cu qu'il faut l'aire? Il faut me faire counailre que, dans les choses extraordinaires qu'elle l'ait, il u'y a rien de surnaturel, et que je les pourrais faire nioi-mônie, si j'avais l'adresse d'éblouir les gens.
LE MAUIJUIS.
C'est assez, je trouverai nuijcu de vous coutcnlcr.
LA COMTESSE
Taisons-nous, elle descend et je crois l'entendre.