‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 307 sur 1518 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LE DUC, LA DUCHESSE, FÉNISE, derriire le théâtre, FABRICE, LAURE.

Ce fort attachement, quoique peu mérité, D'une fierté nouvelle enfle ma vanité.

Qui peut-être abusant de votre àme enflammée Vous fera repentir de m'avoir trop aimée.

LE DUC

Comment en abuser, si mes vœux les plus doux

Sont de suivre vos lois, et de mourir pour vous?

LA DUCHESSE

Un amour si soumis est mauvais politique. Notre empire, seigneur, est un peu lyrannique ; Et comme notre orgueil soutient ce qu'il résout, Une femme va loin sitôt qu'elle peut tout.

LE DUC

[On entend queh{ues accords de luth.)

Ce pouvoir... Mais, ô dieux !

LA DUCHESSE

Quelle est cette surprise?

LE DUC

J'entends toucher un luth.

LA DUCHESSE, bas, Se déiotirnant.

Je ne vois plus Fénise.

(Haut.) Mes filles quelquefois me voulant divertir...

LE DUC

Leur dessein est très juste et j'y dois consentir ; Il faut les écouter. Dieux !

FABRICE, OH duc.

Votre amour s'alarme.

LE DUC

C'est le même signal de la voix qui me charme.

LA DUCHESSE, l'as.

0 ciel ! Se pourrait-il, m'ajant tant protesté, Qu'une voix dans son cœur effaçât ma beauté?

FÉNISE chante derrière le ihéôtre.

En vain de mes soupirs laissés sans espérance. Vous croiriez réparer l'ofTense En soupirant à votre tour.

L'amour est doux; mais la vengeance Est aussi Oouce que l'amour.

LE DUC

Dieu ! Est-il rien d'égal au trouble de mon âme? C'est cette même voix qui fit naître ma flamme ; Mais, non, la ressemblance a pu me décevoir.

LA DUCHESSE, Oas.

Qu'il ose de mes yeux balancer le pouvoir. Et d'un lâche caprice appuyer l'imposture. Joindre au premier outrage une seconde injure! S'il s'en laisse surprendre il faut pour m'en venger Que de nouveaux appas m'aident à l'engager. Quoi, seigneur, la musique à ce point vous trans- Qu'elle vous autorise à rêver de la sorte? [porte, Son charme pour vos sens peut-il être si doux. Qu'il vous fasse oublier que je suis avec vous ?

LE DUC

J'ai failli, je l'avoue, et mon àme étonnée A son transport secret s'est trop abandonnée. Mais sur moi la musique eut toujours ce pouvoir.

De grâce, seyez-vous, que je puisse m'asseoir.

LE DUC, 0ns.

Qui croirait que mon cœur, malgré ma foi promise. Dans Fénise déjà ne trouvât plus Fénise ? .M'aurait-on pu tromper?

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