‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 405 sur 1518 · SCÈNE I ISABELLE, FLORE · texte numérisé non relu

SCÈNE I ISABELLE, FLORE

Mais M'ailmircs-lu [loint celte âme peu commiino. Uni semble être au-dessus des traits de la Ibrlune, Ce port majestueux, cet air et noble et grand Dont il fait éclater tout ce qu'il entreprend?

FI.OIÎE.

Cet amas de vertus en ses pareils m'étonne.

Ou'il a de gi'avité dans les ordres qu'il donne!

FLOUE

Comme il fallait ici nommer un gouverneur, Ses rares qualités méritaient cet honneur.

Que ne dis-tu plutôt qu'une âme si bien née N'avait point mérité sa basse destinée, [reux

Et qu'un sceptre en ses mains par un échange heu- Ne remplirait qu'à peine un cœur si généreux. Ne m'avoueras-tu pas que même dans sa plainte...

FLORE

Je vous avouerai tout, madame, et sans contrainte, Pourvu qu'à votre tour vous daignez m'avoucr Que vous prenez plaisir à l'entendre louer.

Peut-ou à la vertu refuser son estime?

FLOKE.

Non ce n'est que lui rendre un tribut légitime; Mais on peut s'y tromper, et dans le même jour Qufl(|uel'ois de l'estime ou va jusqu'à l'amour. C'est sous cette couleur, que surprenant une âme, Ce tyran par adresse y fait glisser sa flamme. Il ne fait pas sentir ses chaînes tout d'un coup; Mais c'est aimer un peu que d'estimer beaucoup.

ISABKLLE.

Quoi, pour cet étranger j'aurais l'àme blessée?

FLORE

Son mérite du moins tlatte votre pensée?

Je ne le puis celer, à toute heure, en tous lieux L'éclat de ses vertus vient s'offrira mes yeux; Toujours en sa faveur il me parle, il me presse, Mon cœur semble s'entendre avecque ma faiblesse, Loin de s'armer contre elle, il goùle avec plaisir L amorce d'un appas qui tlatte son désir : Je n'ai [loint de repos, et toute mon étude C'est de me conserver ma douce inquiétude. Tu peux juger par là de l'état où je suis, Je tâche à fuir l'amour autant que je le puis; Mais trouver dans ce trouble une douceur exirème. Flore, si c'est aimer, je le confesse, j'aime.

FLORE

Mais, lorsqu'à cet amour vous-même vous courez. Songez-vous aux ennuis que vous vous préparez?

A quoi pnis-je songer, si telle est ma misère, [re? Qu'à peine il me souvient qu'il faut.venger un fré- Bizarrc effet du sort qui cause mes malheurs! Je conçois de l'amour quand je lui dois des pleurs.

FLORE

Il vous traita si mal qu'on verra sans murmure Que d'un simple soupir vous payiez la nature; .Mais ce qui me confond dans cet événumeiif. C'est de vous voir aimer avec abaissement. Léonard vaut beaucoup, mais enfin sa naissance...

Elle m'est inconnue, et basse en apparence; Mais ne se peut-il pas qu'un secret intérêt L'oblige parmi nous à cacher ce qu'il est? Sais-tu ce que j'en crois? Sais-tu que je soupçonne Qu'au moins, s'il ne la porte, il touche unecouron- II favorise Octave, et n'épargne aucuns soins [ne. Pour lui pouvoir parler, me dis-tu, sans témoins. D'ailleurs, pourFédéric je vois qu'il s'intéresse Jusqu'à briguer pour lui l'hymen de la princesse. .\urait-il entrepris avecque tant d'ardeur Daller auprès du roi faire l'ambassadeur, Proposer une paix aux deux États utile,

! S'il n'était allié du prince de Sicile?

1 Ce peut être l'infant.

! FLORE

Son frère?

Je le croi.

FLORE

Quoi qu'il puisse être enfin, il a gagné le roi. Il consent à l'hymen, on vientde me l'apprendre.

Et le sang de Rodolphe?

FLORE

Il n'a pu s'en défendre; L'ennemi n'est pas loin, le péril fait éclat, Et tout intérêt cède à celui de l'État. Mais la princesse vient.

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