LE GEOLIER DE SOI-MÊME, ACTE V, SCÈNE XI
JODELET
Ma foi, cet infant qu'on nie baille, IN'cn déplaise aux baillants, n'est qu'un vrai rien qui Jele veux dégrader pour son peu de respect, [vaille,
EDOUARD
Est-ce pour me jouer...
JODELET
Ah ! Vous m'êtes suspect.
{A Laure.)
Taisez-vous. Vous voyez, ô beauté conjugale, Comme à vous voir soudain mou courrou.x se ra-
[vale.
Cet infant m'avait mis tout sens dessus dessous, Mais je me radoucis étant auprès de vous.
LE BOI, a Edouard.
Prince, après cet aveu qu'il fait de sa bassesse, Croyez-vous Fédéric digue de la princesse! Car j'atteste le ciel que si dans ce haut rang Sa vertu répondait à l'éclat de sou sang, Je verrais avec joie une illustre alliance D'une guerre si longue étouffer la semence.
EDOUARD
Sire, à ce que je vois, nous nous entendons mal. Qu'a de commun le prince avecque ce brutal?
Qu'on ôte de mes yeux cet infant qui blasphème.
LE ROI
N'est-ce pas Fédéric?
EDOUARD
Lui? Fédéric?
JODELET
Moi-même.
.\h, maudit renégat de consanguinité!
EDOUARD
Quoi, cet extravagant, cet esprit emporté, Passe pour Fédéric ?
JODELET
Voyez le misérable.
Ces cadets, la plupart, ne valent pas le diable. Sur l'aînesse à tous coups ce sont loups acharnés.
EDOUARD
Il montre sa folie, et vous la soutenez ?
LE ROI
Mais vous-même d'abord l'avez su reconnaître.
EDOUARD
Oui, le vrai Fédéric, qu'on le fasse paraître.
LE ROI
Quelautre Fédéric se trouve eu mon pouvoir?
Peut-on me le cacher si je viens de le voir?
LE ROI
Où?
EDOUARD
Dans ce même lieu.
LE ROI
Prince, croyez de grâce...
EDOUARD
Sire, je le revois, souffrez que je l'embrasse.
LE ROI
Juste ciel!
JODELET
L'on connaît fort mal les gens d'honneur. Préférer, à moi, prince, un chélif gouverneur !