PHILO ^..É.^E
Phénice, dites-vous? Quoi, celle à qui le roi. Avant qu'il l'ùt au troue, avait donné sa loi. Et dont riijmen à peine autorisait la llamme, Que gagnant un empire il perdit une l'emme?
AHAXE.
Oui, cette inrorluiiéc entre tous ses sujets Qu'.\utaléou trois ans tint captive au palais. Et qui, leniine de roi, sans se voir jamais reine, Einit dans sa prison et sa vie et sa peine.
PHILOXÈNE, lit.
(< Ne craignez plus enfin le nom d'usurpateur, La mort du jeune Atys vous acquiert la Phrygio; Le bruit qui le lait vivre est un bruit imposteur. Puisque par un naufrage il a perdu la vie.
<i Araxe en est témoin, ce fidèle sujet. Qui vousl'cst d'autant plus, qu'il fointd'étre infidèle, Et qui, pour mieux détruire un coupable projet. Du traître Antaléou suit le parti rebelle.
« Jugez démon malheur sans son heureux secours. Quand je me connus grosse aussitôt que captive. Son soin d'un fruit si cher a conservé les jours. Et vous garde un trésor dont son malheur le prive.
« Sa femme en mêmejour accouchant d'un fils mort. Pour sienne aux yeux de tous prit ma fille naissan- Et, sans qu'Antaléon en connaisse le sort, [te; Comme fille d'Araxe il la souffre vivante.
« Je meurs après trois ans de prison et d'ennui. Et laisse entre ses mains ce billet pour indice; Par lui l'État saui'a qu'il s'est fait son appui, ■Que sa fille est la vôtre, et son nom Bérénice.
« PHÉXICK. I)
Et son nom, Bérénice! .Mi! Qui- m'apprcnez-vous?
AUAXE.
Que le ciel vous prépare un destin assez doux, Et qii'ôtant tout obstacle à l'amour qui vous presse, Il montre en Bérénice une ilhislre princesse. Mais quoi, dans un bonheur (|ui comble vos désirs Il semble qu'en secret vous jioussiez des soupirs? Est-ce que votre amour ne souffre qu'avec peine. Que sans lui Bérénice ait le titre de reine. Et que sa pureté se doive soupçonner Lorsque d'elle il reçoit ce qu'il croyait donner?
PHILOXÈNE
Que sa fille est la vôtre, et son nom Bérénice? Dieux! Maisjamaisleroi n'eut d'enfants de Phénice.
ARAXE
Il ne l'a jamais su, du moins; et jusqu'ici
Ce secret à garder a fait tout mon souci.
Mais, seigneur, si votre àme en veut être éclaircie.
Souffrez-moi le récit des troubles de Phrygie,
Lorsque le jeune Atys, dès l'âge de six mois,
Parle droit de naissance y dispensa ses lois.
PHILOXÉNIC.
Je sais que voire roi qui n'était que Léarque, Fut élu pour tuteur à ce jeune monarque. Et qu'héritier d'un trône à son zèle commis, Il eut à soutenir de puissants ennemis ; Que l'armée, au sortir d'une entière victoire, Par sa rébellion en obscurcit la gloire. Et lasse d'obéir aux ordres d'un enfant. Aima mieux pour son maîti'e un prince triomphant. Que de ce titre en vain s'étaat voulu défendre, Lcarque incontinent fut contraint de le prendre, Lorsque déclaré traître et criminel d'Étal, Il vit qu'Antaléon le forçait au combat, Et que dans la fureur de cette âpre tempête Il fallait, ou se perdre, ou couronner sa tête ; Que quoiqu'apparemment sa femme entre vos
[mains Lui pût servir d'obstacle à d'injustes desseins, Dans ces confusions craignant pour votre maiire, Avec le jeune Atys vous sûtes disparaître, Et cherchant à le mettre en lieu de sûreté. Vous vîtes dans les flots son sort précipité. Mais je ne comprends point par quel secret mystère Bérénice vingt ans a mal connu sou père.
ARAXE
Hélas! Mon zèle seul, par un trop prompt effroi. Perdit le jeune Atys, cet enfant déjà roi; Et pour mettre ses jours à l'abri de l'orage, Je les précipitai dans un cruel naufrage. Notre vaisseau brisé fut englouti des flots. D'où poussé par hasard aux rives de Lesbos, Sans savoir quel secours m'avait sauvé la vie. Le cœur outré d'ennuis, je repasse en Phrygie, Où, fort du nom d'Atys contre le nouveau roi, Celui d'Antaléon jetait partout l'clTroi. Ce fut en ce temps-là qu'apprenant le naufrage Qui du trône à Léarque assurait l'avantage. Ce cœur ambitieux ne sut plus me cacher
BÉr,ÉMCE, ACTE III, SCÈXi: III.
Que l'éclat de ce trône avait su le toucher; Que feignant qu'en lieu sûr le jeune Atys respire, Je m'acquérais un titre à partager l'empire, Kt qu'il m'était pei'mis, sans blesser son honneur^ D'en usurper les droits sur un usurpateur. Le voyant trop puissant, voyant dans Apamée l'hénicc avec ma femme au palais enfermée, Je crus qu'il valait mieux, pour bien servir mon Le laisser quelque temps en doute de ma foi. [roi, Je dissimulai donc une mort trop certaine, Atys fut cru vivant, excepté de la reine, A qui de mes desseins ne déguisant plus rien. Mon secret confié, je méritai le sien.
De cette déplorable et captive princesse, Jugez avec quel soin je cachai la grossesse. Sachant qu'Antaléon, dans la soif de régner. Pour eu perdre le fruit n'eût pu rien épargner. Par ce billet, seigneur, vous avez su le reste. Notre échange suivi d'un malheur trop funeste. Puisqu'on sait que ma femme étant morte d'abord. Deux ans après la reine éprouva même sort. Je ne vous parle point de mes secrètes brigues. Qui, contre Antaléon formant de sourdes ligues. Me mirent en état, après quatre ans d'appui, De m'oser, pour le roi, déclarer contre lui. "Vous savez que d'Atys la perte déclarée Rendit des plus mutins la défaite assurée, Et que dans Apamée, avecque peu d'effort. Par ce bruit i-épandu je me vis le plus fort ; Qu'Antaléon contraint de quitter la Phrygie, Nous a brouillés quinze ans avecque la Mysie, Qu'il l'arma contre nous, et que sa prise enfin Par vous seul aujourd'hui nous soumet son destin. PHii.oxK.NE. [prudence
Mais pendant ces quinze ans, par quel trait de De Bérénice au roi déguiser la naissance?
N'ayant plus ce billet quand je pus voir le roi. Mou rapport aurait-il mérité quelque foi? Tandis que j'apaisais quelques mutineries, Je le perdis, seigneur, avec mes pierreries. Qu'au château d'Apamée on me sut enlever Avant qu'en cette place on le vit arriver ; Et comme enfin ce prince, en quittant la princesse. Avait aussi bien qu'elle ignoré sa grossesse. N'eût-il pas présumé que l'espoir de son rang Eût l'ail à mou orgueil désavouer mon sang. Et que l'ambition séduisant la nature.
Pour couronner ma fille eût admis l'imposture? J'allais m'ouvrir pourtant d'un secret trop caché. Quand d'un juste remords Antaléon touché. Maître de ce billet qu'on m'avait pu surprendre. Avant que d'expirer, a voulu me le rendre.
PHILOXÉNE.
Je vous le rends moi-même; allez, Araxe, enfin. Allez de Bérénice éclaircir le destin.
Elle est digne du trône où ce revers l'appelle; Courez porter au roi cette heureuse nouvelle, C'est trop lui dérober...