SCENE III PHILOCLÉE, PHILOXÉNE, ARA.\E, HÉSIONE
PHILOCLÉE.
Enfin l'aveu du roi D'un succès assez doux doit flatter votre fei. ■Vous semblez soupirer? Se pourrait-il bien faire Qu'.\i'axe à vos désirs voulût être contraire, Et que de votre flamme il condamnât l'effort, Quand il voit la Lydie abaisser votre sort?
l'HlI.OXKNE.
\u contraire, madame, il m'est trop favorable. Il surpasse mes vœux, et c'est ce qui m'accable.
S'il eût pu se lasser d'en soutenir l'espoir. Je vous aurais offert ce que j'ai de pouvoir. Et n'aurais refusé ni mes soins ni ma peine.
ARAXE
.\h! madame, épargnez l'illustre Philoxène. Quoi qu'ose la Lydie, ou qu'elle ait pu tenter, Uu héros tel que lui n'a rien à redouter; El toujours sa vertu, dans le plus fort orage, Réjiond <à son grand cœur du destin qui l'outrage.
PHILOCLÉE.
Je sais que la vertu, par un secret effort. Rend toujours un grand cœur arbitre de son sort. Que c'est sans s'abaisser qu'il quitte une couronne. Mais il est peu d'amis que sa chute n'étonne; Et lorsqu'on perd un trône où l'on crut s'élever, Il faut bien du mérite à se les conserver.
PHILOXÉNE. [ne.
Quand par ces sentiments d'une âme trop commu- Sans peser le mérite, ils suivent la fortune. Le mal heur qui leurrend le changement permis. Nous ôtc des flatteurs, et non pas des amis.
PHILOCLÉE.
Vous exigeriez d'eux une ardeur bien parfaite!
PHILOXÉNE.
Je les demande tels que je vous les souhaite.
PHILOCLÉE.
La grandeur les attire, et lorsqu'on en jouit...
PHILOXÉNE.
C'est le malheur des rois qu'un faux zèle éblouit. Et qui ne cherchent point dans l'encens qu'on leur
[donne, Quelle part leur mérite en doit <à leur couronne.
PHILOCLÉE.
Pour pénétrer ce zèle il faudrait de bons yeux.
PHILOXÉNE.
Ils le pénétreraient s'ils se connaissaient mieux : Mais le moyen qu'un roi se puisse bien connaître. S'il voit plus cï qu'il est que ce qu'il devrait être?
PHILOCLÉE.
Le ciel, pour le conduire en ces obscurités, Aime à lui prodiguer ses plus vives clartés; Et, loin qu'à ce qu'il peut il le laisse séduire, [re. Dès qu'il le placeau trône il prend soin del'instrui-
BÉRÉNICE, ACTE IV, SCÈNE I
PllILOXENE.
Souvent un faux poiivoii' sous son nom se prévaut Du respect que l'on a pour ces leçon.s d'on haut; Et la crainte d'un rang que venge le tonnerre, Fait imputer au ciel ce qui vient delà terre.
PHII-OCf.ÉE.
Si son ordre eût soumis la Lydie à vos lois, Vous auriez ed'acé la splendeur de ses rois; Mais je vous tiens,' heureux de céder sans faiblesse A ce revers indigne où chacun s'intéresse, Et de trouver Araxe aussi zélé pour vous, Que si vous éprouviez le destin le plus doux. Le roi pour votre amour craignait sa résistance. Mais je vais l'assurer de son obéissance, Et que dans Philoxène ayant fait choix d'un fils, Il n'y dédaigne point le sang de Cléophis.