‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 494 sur 1518 · SCENE I LE ROI, BÉRÉNICE, ARAXE, CLVTIE · texte numérisé non relu

SCENE I LE ROI, BÉRÉNICE, ARAXE, CLVTIE

LE ROI, l< liant le billcl iVArnxe.

Oui, ma fille, le sang par un vif caractère Me traçait dans tes yeux l'image de ta mère; El ces aimables traits imprimés dans mon sein, Cherchaient à prévenir ce gage de sa main : Mais, sans un tel secours, la nature muette Ne pouvait de sou sort se faire l'interprète, Et son avcuglenienl aU'aiblissant ses droils, Luifaisaitdans mon cœur raéconuaître sa voix.

BÉRÉNICE

Pours'expliquer au mien, souvent avec adresse Elle a su de mon zèle emprunte)- la tendresse ; Et j'ai cent fois, Seigneur, répondu malgré moi, Par un respect de fille, aux bontés de mon roi. Mais après vos bienfaits versés en abondance. J'imputais cet effet à ma reconnaissance ; Et mon cœur, que par là mou destin abusait. Pensait l'entendre mieux, plus il se déguisait.

LE ROI

0 Phénice! 0 billet de la main la plus chère, Quid'unroimalheureuxputfaireun heureux père? Enfin vingt ans passés en troubles iuteslius : Nous ouvrent une voie à de meilleurs destins : Nous voyons à l'État Bérénice rendue. Araxe, c'est à toi que la gloire en est due; Je lui donnai la vie, et ton zèle à son tour .\. su lui conserver el le sceptre et le jour.

ARAXE

Soigneur, parce récit vous découvrez sans peine Ce qui m'a fait tenter l'hymen de Philoxène. Ce billet me manquant, il fallait faire efl'ort Pour porter vos sujets à croire mou rapport;

BÉRÉNICE, ACTE IV. SCÈNE IF

Et je n'y pouvais mieux préparer la Phrygic, Qu'en mcltant lierénice au trône de Lydie. Alors quL'l iiilérèt m'aurait t'ait soupçonner De confondre son sort pour la voir couronner, Puisque reine déjà, cette làclie imposture, M'en dérobant la gloire, eût tralii la nature.

LE uoi.

Jamais avec plus d'heur un lidèle sujet Ne ru pour sa princesse un généreux projet ; Cet hymen l'assurait d'une double couronne, La justice du ciel autrement en ordonne ; Mais, de quelque bonheur qu'il semble niellaller. Pour bien goûter ma joie il faut trop l'acheter. J'en sens, je le confesse, une secrète gène, Quand je vois que sa cause accable Philoxène, Et que, lui devant tout, l'intérêt de l'Etat, Pour me soufTrir heureux, me force d'être ingrat. En vain, ma fille, en vain ton amour m'a su plaire. Qui put tout comme roi, ne peut rien comme père; Et le droit qui me fit disposer de ta foi. Lorsque je te suis plus, semble être moins à moi.

BliRÉNICE.

Seigneur, à cet amour j'ai souffert trop d'empire Pour cacher ma faiblesse, ou m'en vouloir dédire; Mais, comme son effort par mon cœur combattu Employa mon devoir pour gagner ma vertu. Il saura bien encore en repousser les charmes. Quand ce même devoir lui fournira des armes; Et si, pour mon repos, je ne puis l'étouffer. Pour le bien de l'Étalj'en saurai triompher.

LE ROI

Les dieux me sont témoins avec quelle contrainte Je porte à ton amour une si rude atteinte. Philoxène en lui seul montre un brillant amas De tout ce qu'on admire aux plus grands potentats; Et ta main, dont chacun va briguer la conquête. Ne saurait couronner une plus digne tête ; Mais comme un étranger ne peut, suivant nos lois. S'il n'est né dans le trône, aspirer à ton choix, Vouloir en sa faveur en violer l'usage. C'est replonger l'État dans un nouvel orage, Qui, mettant aux mutins les armes à la main. Du plus puissant enfin peut faire un souverain.

ARAXE. [dre.

Dansée grand changement son mal heur esta plaiu- Maisce n'est pasdelui que l'orage estàcraindre.

LE ROI

Qui pourrait l'exciter lorsque tout m'obéit?

ARAXE

Anaxaris, seigneur, que ce revers trahit.

Et qui dans ses desseins n'aura rien qui l'étonné.

S'il se voit arracher l'espoir d'une couronne.

LE ROI

Tu connais mal, Araxe, un cœur comme le sien, 11 est trop généreux pour entreprendre rien; Et si l'ambition est ce qui l'inquiète. Par l'hymen de ma sœur elle est trop satisfaite.

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