‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 509 sur 1518 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

LE ROI, BÉUÉNICE, PHILOCLÉE, PHILOXÈNE, CLÉOPIIIS, AHAXE, HESIONE, CLYTIE.

CLÉOPHIS, au roi.

Ah! seigneur, où sera mon asile?

Si contre le courroux d'un roi trop irrité Votre protection ne fait ma sûreté?

LE ROI

0 dieux! C'est Cléophis!

CLÉOPHIS.

Oui, Cléophis coupable Délaisser sans couronne un héros indomptable. Puisque par sa vertu Philoxène aujourd'hui Justillait assez ce que j'osais pour lui.

PHILOXÈNE

Accordez-lui, seigneur, le secours qu'il espère; C'est un fils à vos pieds qui parle pour son père.

CLÉOPHIS.

J'abuserais d'un nom qui ne m'est point permis. On le publie en vain, vous n'êtes point mou fils.

LE KOI, [vie,

Quoi, ce u'estquun faux bruitqu'a fait courirlen- Et toujours Philoxène est prince de Lydie?

CLÉOPHIS.

On en sait déjà trop pour pouvoir déguiser Qu'à mon roi pour son fils j'osai le supposer; Mais un même accident dans la môme journée. Du prince et de mon fils trancha la destinée ; Et ce vaillant héros qui passait pour le sien, N'estenefl'ef, seigneur, ni sou fils, nilemien.

LE ROI

Et qui donc?

BÉRÉNICE, ACTE V, SCÈNE X

CLÉOPBIS.

C'estdequoije n'ai point connaissance.

l'HII.OXKXE.

Dieux! Quel astre fatal éclaira ma naissance, Si, sans m'en éclaircir le funeste embarras. L'on m'apprend seulement ce queje ne suis pas?

CLÉOPHIS.

Je ne vous dirai point ce qu'a su la Phrygie, L'injuste emportement du l'eu roi de Lydie, (Jui parlliymen du prince à leur fureur réduit. Si l'on ne l'eût soustrait, en eût perdu le fruit. 11 me fut confié, Lesbos fut ma retraite, Qui pendant mon séjour demeura si secrète, Que sur moi seul le prince osant s'en assurer, De peur de se traliir, la voulut ignorer. Ayant alors un fils, ma femme en cet orage. Avec notre dépôt enleva ce cher gage ; Et c'est par où l'on croit que n'étant point au roi, Puisque j'avais un fils, Philoxène est à moi. Mais huit mois en effet s'étaient coulés à peine. Qu'avec lui je pleurai le jeune Philoxène. Tous deux en même jour terminèrent leur sort. Jugez de ma douleur daus l'une et l'autre mort. Quand j'appris aussitôt que le roi de Lydie, Laissant le prince au trône, avait fini sa vie. Je maudis le destin de prolonger mes jours, Et le seul désespoir eût été mon secours. Si de leurs volontés les dieux voulant m'instruire. Sur le bord de la mer n'eussent su mecouduire : Là, rêvant seul un jour, je découvre sur l'eau Un esquif qui suivait le débris d'un vaisseau, Et qui, poussé d'un vent à mes yeux favorable. Vint soudain à mes pieds s'arrêter sur le sable.

ARAXE

0 dieux 1

CLÉOPHIS.

Jugez, seigneur, si je suis étonné D'y trouver un enfantaux flots abandonné. Tout parait digne en lui d'une illustre naissance, Il montre en ses regards une aimable assurance; D'ailleurs sou équipage est riche et curieux. J'en admire partout l'or qui brille à mes yeux ; Et croyant que du ciel la laveur découverte Me faisait ce présent pour réparer ma perte. J'abandonne Lesbos, et, dégageant ma foi. J'ose, pourson fils mort, le rendre au nouveau roi.

LE noi.

Araxe.

ARAXE

Pardonnez, au zèle qui m'emporte. Le lieu, l'âge, le temps, seigneur, toutse rapporte, C'estAtys,c'estmonprince,iln'enfautpointdoutcr.

LE ROI

J'en croirai sa vertu s'il l'en faut consulter; Mais tu l'as vu périr.

ARAX.

Prêta faire naufrage, Espérant dans l'esquif pouvoir vaincre l'orage. Moi-même entre mes bras j'avais su l'y porter,

Quand, résistant à ceux qui s'y voulaient jeter. Dans rinstantqu'à mesyeuxuolrovaisseause brise. Le vent rompant le cftble aide mon entreprise, .Mais avec tant d'effort, qu'emporté dans les flots J'en fus jeté mourant dans l'Ile de Lesbos; Là, du destin d'Atys n'ayant pu rien apprendre, Je crus sa mort certaine.

BÉRÉNICE

0 ciel, daigne m'entendre!

CLÉOPHIS.

Cette boîte peut-être...

ARAXR.

Ah ! Qu'est-ce que je voi"?

Elle enferme au dedans le portrait du feu roi.

CLÉOPHIS.

Uu portrait?

ARAXE, ouvrant In boni'.

Elle s'ouvre, eu faut-il davantage?

Il la portait, seigneur, quand nous fimes naufrage.

LE ROI

Ah ! Vous êtes.\tys.

PHILOXÈNE

Croirai-je ce rapport?

Et n'est-ce point encore un nouveau jeu du sort?

CLÉOPHIS, ù Pliilo.Ttne.

Voussupposer, seigneur, c'était vousen défendre. Il vous était un sceptre, et j'osais vous le rendre.

LE ROI

0 succès étonnant qui me rend malgré moi L'injuste usurpateur du trône de mon roi! Si toutefois Araxe eût conçu moins d'alarmes De me voir contre un lâche avoir recours aux armes. Dès lors, sans rien prétendre, Anlaléon vaincu M'aurait vu vous remettre au rang qui vous est dû. Je n'y résiste point, régnez, le ciel l'ordonne.

PHILOXÈNE

Que dites-vous, seigneur?. A.h! Gardez lacouronne. La Phrygie aujourd'hui suit de trop justes lois. Pour m'opposer aux dieux, et combattre leur choix ; Respectant leurs décrets, j'adore leur justice.

LE ROI

Quoi, refuseriez-vous un sceptre à Bérénioe, Et ce parfait amour qu'on ne put étonner, Si vous n'êtes son roi, la peut-il couronner?

PHILOXÈNE

Si pour la voir au trône il faut que je partage De ce titre éclatant le fameux avantage, Au moins dans mon amour sais-je trop mon devoir, Pour en vouloir jamais partager le pouvoir. Mais, madame, parlez, après l'aveu d'un père C'est à vous à régler ce qu'il faut que j'espère; Ne consultez que vous sur l'olTre de ma foi.

Je porte un cœur soumis aux ordres de mon roi. Et ce cœur vous explique assez par mon silence Quelle part vous avez dans son obéissance.

PHILOXÈNE

G gloire, où mes désirs n'osaient plus s'élever!

BÉRÉNICE, ACTE V, SCÈNE X

Mon booliciircst trop grand pour ne pas l'achever.

{À l'hiloclée.)

Consenlcz-y, madame, et d'un illustre hommage Daignez prendre aujourd'hui ma parole pourgage, Le prince Alcidamas étant dans cette cour, Sous beaucoup de respect cacha beaucoup d'amour, La rigueur de vos lois l'obligea de lelaire; Et comme il a pour moi les sentiments d'un Irère, ]1 aura même cœur, si je puis l'assurer Qu'ayant changé de sort il a droit d'espérer. Ileudez par là ma joie et ma gloire parfaites.

l'IlII.Oel.KE.

Seigneur, lorsquclociel m'apprend cequevousôtes Je m'acquitterais mal de ce que Je vous dois, Si pour former des vœux je consultais mon choix.

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