‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 510 sur 1518 · PROCUREUR GÉNÉRAL, SURINTENDANT DES FINANCES ET MINISTRE D'ÉTAT · texte numérisé non relu

PROCUREUR GÉNÉRAL, SURINTENDANT DES FINANCES ET MINISTRE D'ÉTAT

Mon SE IG NE D R,

Je me prépare à vous faire un étrange aveu, j'ai trouvé de la témérité, et je doute même qu'elle n'approche du crime: mais je ne m'en saurais plus défendre, et quelque profond respect que je vous doive, il m'est impossLble de ne me pas échapper jusqu'à vous faire connaître que je me repens de lui avoir trop déféré. C'est lui qui m'a contraint jusqu'ici de renfermer dans mon âme ces impatients désirs qui me pressaient de vous expliquer, avec quelle parfaite soumission j'honore en vous depuis si longtemps ce que la vertu la plus surprenante nous fait voir de plus achevé ; c'est lui qui, me jetant sans cesse dans une juste défiance de moi-même, m'a détourné d'en chercher plus tôt l'occasion par l'hommage que je vous rends aujourd'hui. J'en ai souvent formé le dessein, mais il en a toujours combattu l'empresssment, et comnie il vous faisait justice, il n'a pas eu de peine à me persuader que je devais amasser des forces avant que de me hasarder à une entreprise de cette nature, et que la chaleur qui mt- la ferait précipiter, aurait plutôt les apparences d'une présomption indiscrète, qu ■ de ce zèle passionné dont j'aspirais à vous rendre de prompts témoigaagHs. Cependant, Mosseigxeur, quelque violente que j'en éprouve l'ardeur, je ne me vois plus en état de vous la faire paraître en toute sa pureté ; vous avez trouvé moyen de me la rendre suspecte à moi-même, et les ordres favorables par lesquels vous avez daigné me prévenir, me font un devoir si absolu qu'il exige de ma reconnaissance ce qui ne devait être qu'un effet de mon inclination. Ainsi, Monseigneur, je puis dire en quelque sorte que nous m'avez ôté en me donnant, et j'ai droit de me plaindre de ces généreuses marques de votre estime qui semblent corrompre la juste sincérité de mes sentiments. Vous ne pouviez sans doute m'en accorder de plus glorieuses que ce qu'il vous a plu de résoudre en ma faveur, avant même que j'eusse l'honneur d'être connu de vous, mais aussi vous ne pouviez rien faire de plus dangereux pour moi. Je voulais m'oflfrir, et vous m'avez attiré, et si je trouve de signalés avantages dans l'obligeante nécessité que vous m'en imposez, elle m'en fait perdre un encore plus considérable, puisqu'elle ne me laisse plus en pouvoir de vous témoigner qu'une passion aussi désintéressée que respectueuse, m'attachait déjà tout à vous. C'est une chose dont la nouveauté surprendra, que vous me réduisiez à murmurer de vos bienfaits dans un siècle, où quelques éloges infructueux sont presque toujours la seule récompense des veilles les plus laborieuses, et des travaux les plus assidus : mais vous faites bien plus, Monseigneur, et comme si c'était peu pour vous que les grâces que vous avez voulu répandre sur moi, n'ayant laissé aucune liberté d'agir aux purs mouvements de mon âme, vous serablez m'envier jusqu'à la douceur de me pouvoir assez justifier qu'on n'y saurait être plus sensible. J'ai beau chercher tout ce qui peut donner plus de force aux très humbles remerciements qu'il me serait honteux de différer davantage, j'ai beau ra'imaginer tout ce que le ressentiment le plus pressant peut inspirer de persuasif, j'y trouve toujours je ne sais quelle ombre d'intérêt particidier, et plus je médit'- d'efforts pour faire connaître à tout le monde à quel point je vous suis obligé, plus je m'aperçois que je ne travaille que pour moi-même, et que la seule considération de ma gloire me forcerait à l'aveu public do ce que je vous

dois, quand j'aurais assez d'ingratitude pour en balancer l'obligation. En effet, Monseigneur, vous êtes aujourd'hui dans un rang qui arrête sur vous avec admiration les yeux de toute la France ; elle vous regarde comme une de ces suprêmes intelligences dont la vigilante activité est entièrement nécessaire à faire mouvoir son grand corps, et dans l'heureux secours que vous lui prêtez sans cesse, elle ne voit rien de plus éclatant que votre vie. elle ne conçoit rien de plus illustre que vous. Ces deux grandes charges que vous exercez avec un applaudissement si général, et dont le différent ministère lasserait deux des plus infatigables esprits, n'ont rien dans leur union qui embarrasse la solidité du vôtre, leurs plus sérieux emplois ne sont point assez vastes pour en borner l'étendue: quelques pénibles affaires qui demandent son application, vous n'y trouvezjamais assez d'obscurité pour avoir besoin de toutes ses lumières, et leur féconde vivacité vous en rend tellement le maître, qu'au milieu du plus pesant accablement, vous demeurez dans une paisible possession de vous-même. Ce sont d^s merveilles que vous faites éclater avec tant de vertus, que le pinceau le plus délicat n'en saurait faire une assez brillante peinture. Pour moi, Monseigneur, je me contente de les admirer, et je suis trop convaincu de ma faiblesse, pour oser entreprendre d'approfondir, ni cette extraordinaire grandeur d'âme que l'on voit inséparable de tous vos desseins, nî cette prudente conduite dont vous en accompagnez l'exécution, ni cette générosité sans exemple qui ne vous laisse souhaiter du bien que pour en faire, et ne croit proprement jouir que de ce que vous avez donné. C'est elle qui force l'envie même à confesser que la place que vous occupez ne peut être plus dignement remplie ; vous êtes connue le dépositaire des trésors de la fortune, mais elle vous en fait corriger Taveugleraent, et si vous prenez plaisir à l'étendre sur ceux dont une louable ambition assure toutes les veilles au public, c'est toujours avec un choix si judicieux, qu'au même temps que vous en favorisez quel qii es-un s, vous vous rendez arbitre de la gloire de tous les autres. Oui, Monseigneur, on peut dire que vous en êtes le plus juste dispensateur, que ce parfait discernement que vous savez faire de toutes choses, donne aujourd'hui votre estime pour règle à tout ce qui doit être estimé, et qu'il est difficile de rencontrer ailleurs une légitime approbation quand on ne s'est point attiré votre suffrage. C'est de là que naît cette ombre d'intérêt particulier dont je crains d'être soupçonné en me servant de la plus forte expression par laquelle je puisse tâcher de vous faire paraître tout ce que ["âme la plus reconnaissante est capable de ressentir. Je ne le puis faire sans publier que je tiens beaucoup de vous, et quoi que vous ayez fait pour moi par un excès de bonté, ce que vous faites pour tant d'autres par une exacte connaissance de leur mérite ; ou n'exammera point les motifs de cette indulgente préoccupation, et il suffira qu'on apprenne que vous iu'avez fait part de vos grâces, pour présumer que vous ne m'en avez pas cru tout à fait indigne. L'avenir même qui ne cessei'a jamais de respecter tout ce qu'il trouvera soutenu de l'éclat de votre nom. jugera plus avantageusement , du mien par cette noble marque qu'il lui portera, que par j tout ce que cet ouvrage lui pourra offrir de moins défec- i lueux, et dans l'infaillible prévoyance que j'en ai, que puis-je tenter qui paraisse partir d'un mouvement volontaire de mou

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