ACTE PREMIER
SCÈiNE I MARCIA, HELVIE, JULIE, LUCIE.
HEI.VIE
Je Tavoucrai, ma sœur, c'est vous l'aire justice Que de vous élever au rang d'impératrice, [rend; Tout paraît digne en vous des honneurs qu'on vous Mais, quoi que leur éclat ait d'illustre et de grand, Tout mon cœur en tumulte et frémit et s'étonne, Quandje viensàsongerquellemainvous le donne; Et malgré moi sans cesse une secrète horreur Me fait trembler pour vous au nom de l'empereur. Commode, en sa personne, a tous les avantages Dont les dieux font briller leurs plus nobles ou-
[vrages, Et l'on voit son destin, dans un rang glorieux. Compter depuis Trajan une suite d'aïeux; Mais s'il en prit d'abord un orgueil légitime, II s'en est bientôt fait un appui pour le crime; El, dans les cruautés qu'il nous fait éprouver, Qui peut souffrir son choix semble les approuver.
MARf.IA.
C'en est trop, et j'ai lieu d'accuser votre zèle ^ S'il condamne la gloire où le destin m'appelle. Et si ce fier orgueil dont il se fait des lois. Oppose un vain scrupule à l'éclat d'un beau choix. Il est vrai que Commode a d'injustes maximes; Mais le trône, ma sœur, apaise bien des crimes, Etpeudanslesplus noirs verraient assez d'horreur Pour y refuser place auprès d'un empereur.
HELVIE.
D'une main odieuse il pourrait me déplaire.
MARCI.i.
Vous faites vanité d'une vertu sévère ; [eu.
Mais pour vous jusqu'ici quelque appas qu'elle ait C'est un crime à la cour d'avoir trop de vertu. Ces actions par elle exactement guidées N'y semblent tenir lieu que de belles idées, [teux; Quelque sentier qu'elle offre, on prend le moins dou- Et qui peut s'élever ne croit rien de honteux.
HELVIE.
Je n'ai pas de la cour assez d'expérien«e Pour en avoir sitôt pénétré la science; Et n'y songeant qu'à fuir de lâches intérêts, J'en ignore aisément les plus nobles secrets.
MARCU.
Je sais que le défaut d'une haute naissance
Du rang que nous tenons nous ôtait l'espérance,
Et que, sans avantage ayant reçu le jour.
Nous regardions de loin les pompes de la cour.
Mais enfin aujourd'hui si l'on nous considère.
C'est plus de le devoir à la vertu d'un père.
Que si du plus beau sang la brillante splendeur,
Sans cet illustre appui, soutenait sa grandeur.
Jusqu'ici Pertinax a su forcer l'envie
De ne rien dérober a l'éclat de sa vie;
Et par un vrai nierile il fut de ces amis
Que laissa Marc .Vurèle à Commode son lils.
Comme élevant la liile il honore le père,'
C'est Pertinax en moi, c'est son sang qu'il révère,
Et de ces vieux amis resté seul aujourd'hui.
C'est le zèle de tous qu'il récompense en lui.
HE(,VIE
Soit qu'il ait craint le peuple, ou respecté son âge, Dites qu'il est le seul qu'ait épargné sa rage. Et qu'au premier avis contraire à ses souhaits. Pour le perdre sans bruit il le tient au palais.
MARCL\.
Mais, ma sœur, si telle est sa lâche tyrannie,