‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 546 sur 1518 · SCÈNE VI MARCIA, ÉLECTUS, LUCIE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI MARCIA, ÉLECTUS, LUCIE

MARCIA

L'on me brave, Électus, et ma triste disgrâce D'un orgueilleux mépris accroît l'indigne audace. De mon jaloux destin il fuit la trahison,

Tu la sais, tu la vois, m'en feras-tu raison ?

Je l'attends de toi seul : d'un trône qu'on me vole.

De sa possession tu m'as porté parole ;

Et, si toujours la gloire est dans ton souvenir,

Par ton seul intérêt tu me la dois tenir.

ICLECÏUS.

Madame, pi nt an ciel que mon sang, que ma vie Ei'il le prix des grandeurs que le sort vous envie, Vous le verriez sur l'heure à vos pieds répandu Vous assurer l'éclat du rang qui vous est dil; Et, par ce sacrifice oITert à votre gloire. Mon cœur de mon amour consacrer la mémoire. Mais puisque l'empereur s'est voulu déclarer. Il n'est plus rien pour vous qu'on en puisse espérer. Malgré le fier refus qui dût aigrir sa flamme. Il n'adore qu'Helvie, elle règne en son âme; El j'emplojerais en vain tout ce que je vous doi A forcer sa raison de vous rendre sa foi.

MARCIA

De ta parole en vain par là tu te crois quitte. Non que d'un plein effet mon cœur te sollicite; Mais puisqu'on mon injure elle doit l'engager, N'y pouvant mettre obstacle, aspire à me venger. Par une belle audace empêche qu'on ne pense On'avecque l'empereur tu fus d'intelligence; Et d'une indignité que je méritais peu. Va dans son lâche sang signer le désaveu. Ta honte est attachée à celle qu'il m'apprête. Pour te justifier apporte-moi sa tête; Et d'un noble courroux te laissant enflammer. Parais digne aujourd'hui d'avoir osé m'aimer. Ponrmoicontre untyran c'estlui quetudoiscroire Je te l'ai déjà dit, il y va de ta gloire; El s'il faut t'exciler où t'excite l'honneur, J'oserai le le dire, il y va de mon cœur. Dans les doux seutiments que ma vertu te cache. C'est à toi qu'il est dû quand il sera sans tache, Etqueton bras vengeur, prompt à me secourir. M'aura mise en état de te l'oser ofirir.

ÉLECTUS.

Ah 1 Quelque rude sort dont la rigueur l'opprime, Ne mettez point si bas un cœur si magnanime. Il est toujours d'un prix trop haut, trop relevé...

MARCIA

Non, non, ton intérêt doit être conservé; En vain du tien séduit la flamme trop ardente T'en l'ait encor tenir la conquête éclatante; Dans le honteux revers qui dégage ma foi, Le rebut d'un tyran est indigue de toi. Piirge-le par sa mort d'une tache si noire, Pour l'oser accepter, rends-moi toute ma gloire; Et d'un indigne affront confondant l'attentat, Joins un éclat plus vif à son premier éclat.

ÉLECTUS.

Hélas I

MARCIA

Quoi, ton ardeurpournioi toujours si prompte, Ne m'olfre (|u'un soupir à réparer ma honte'? Et, quelque dur mépris qui me force à rougi i-,

LA MORT DE L'EMPEREUR COMMODE, ACTE IV, SCÈNE l.

Tu me trouves à plaiiidi'e, et dédaignes d'agir ? Quelle suite attacliée à mou malheur extrême, Fait qu'iautilemeat je te cherche en moi-même ? Qu'as-lu fait d'Électus, et, dans ce triste jour, Quedevieutta vertu? Que devient ton amour"?

liLKCTL'S.

L'une et l'autre a sur moi toujours le même empire, Maisleursdroitssont divers, et c'est dont jesoupire. Puisque des deux côtés mou cœur trop combattu, Voulant tout par amour, n'ose rien par vertu.

MAllCIA.

Quoi, la tienne en ton cœur souffre tant de faiblesse, Que lui-même il te porte à trahir ta maîtresse"? Tu préfères par elle un tyran à ta foi ?

ÉLECTUS.

S'ill'est pour tout le monde, il ne l'est pas pour moi ; Et lorsqu'on ma faveur chaque jour il s'explique, Pourrais-je prendre part à la haine publique? De tout ce que je suis son bras est le soutien, Pour élever mon sort il ne réserve rien; Et l'oubli qui suivrait tant de marques d'estime. Des plus noires couleurs peindrait partout mon cri- Jugez dans cet oubli quel en serait l'horreur, [me. Si j'y pouvais encore ajouter la fureur, Etporlantuii poignard danslesein demonmaiire. Joindre au titre d'iugrat, l'iufàmeuomde traître.

MARCIA

Je sais qu'à ton destin il abaissa le sien.

Que tu lui dois beaucoup : mais ne me dois-tu rien?

ÉLECïUS.

Tout, où son intérêt ne combat point le vôtre.

MARCIA

Hé bien, il t'est aisé d'accorder l'un et l'autre; Et le ciel aujourd'hui te laisse le pouvoir De contenter l'amour, et remplir ton devoir. Ne vois que mon injure, et non pas qui m'affronte, Sanssongerdansquelsang,coursen laver la honte; Et si pour moi ton bras avec justice armé Par la mort d'un tyran croit s'être diffamé, Soudajn pour satisfaire à ta gloire outragée. Venge-le sur moi-même après m'avoir vengée, Et de ce même fer qui bornera sou sort, Ole-moi la douceur de jouir de sa mort. Ainsi tu donneras, sans être ingrat ni traître, Sa vie à ta maîtresse, et la mienne à ton maître. Ainsi vers lui, vers moi, tu seras dégagé, Si m'ayant satisfaite il meurt sur moi venge. Tu ne me réponds point, mais ta vue abaissée Par un secret refus m'explique ta pensée; Et mes yeux dans les tiens avaient trop vu d'abord Avec ton cher tyran ton lâche cœur d'accord. C'est toi dont les conseils, loin de m'avoir servie, Lui font en ta faveur me préférer Helvie; Et l'offre de son trône était pour donner jour Au criminel aveu de ton indigne amour.

Comme alors sans espoir je le voyais paraître, J'admirais ce qu'en vain je croyais bien connaître. Mais d'un éclat trompeur cet amour revêtu, Empruntait les dehors d'une fausse vertu;

El, sûr de tes projets, tu cherchais à me vendre La lâcheté d'un cœur dont j'osais tout attendre.

Él-ECTUS.

Quoi, madame?...

-MAUr.lA.

Il sullit, je n'écoute plus rien.

Mon bras pourrait agir où j'employais le tien; Mais pour te puuir mieux, cl me punir moi-même. De n'avoir pu trop tôt avouer que je t'aime, Il n'est rien que je n'ose ahu de regagner Ce trône dont par toi je me vois éloigner. Si trop d'abaissement suit ce que je propose, Au moins rougiras-tu de t'en savoir la cause. Et de voir par loi seul le pouvoir absolu Être le prix d'un cœur que tu n'as pas voulu.

ELECTUS

Ah ! Si jamais l'hymen où l'empereur s'apprête...

MARCIA

Tu perds temps, il me faut ou son trône ou sa tête. Je vais songer à l'un ; si tu veux m'obtenir, L'autre dépend de toi, tu peux me prévenir.

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