LE GALANT DOUBLE, ACTE III, SCÈNE I
Si je n'eusse aussitôt payé d'efTronterie. Quolquclois au besoin le vice est de saison.
GUZMA.N.
Mais coniment n'avoir pas reconnu la maison?
D. FERNAM).
Comment l'anrais-je pu, si dans une aniro rue L'on me tenait ouverte une porte inconnue, D'oij, sans qu'on m'aitricn dit.jcme suisrencontré Dans un appartement où jamais. je n'entrai? l.e plus lin, en ma place, eut donné dans le piège; Mais le don d'impudence est un grand privilège, Je l'ai mis en pratique, et je m'en suis tiré.
(RZ.MAX.
C'est un talent en vous de tout temps admiré ; Mais l'abord d'une femme est un péril honnête, Lorsque prise pour dupe, clic a martel en tèle ; Kt vous deviez trembler, ainsi pris au lilet, IVeu voir deux à la fois vous sauter au collet. Uni lors, par impudence, évite qu'on l'échiné, Ln a provision, monsieur, delà pins fine, C'est un pas qu'à franchir peu de gens ont appris; Et, tout subtil qu'il esl, le diable y serait pris.
D. FERNAXI).
Aussi, pour en sortir, j'aurais eu plus d'obstacle, Si le ciel, pour m'aider, n'avait fait un miracle. Contre l'ordre commun il a fait qu'en ce jour, On ait vu la prudence accompagner l'amour ; Et que du rendez- vous Isabelle en colère. Ait eu, dans son dépil, le pouvoir de se taire. Ainsi, pourmoi,le pas était moins hasardeux; Tant que j'ai pu me voir avec toutes les deux, Pour quelques mots couverts je m'en suis trouvé Mais, dès que l'inconnue a fini sa visite, [quitte; Et qu'ayant, malgré moi, voulu se retirer. Seul avec Isabelle on m'a fait demeurer, En me traitant de fourbe, etsuivanleetmaiircsse. M'ont pensé mettre alors au bout de mon adresse. Don Dionis en moi leur étant trop connu...
UUZMAX.
Je vous tiens fort heureux d'en êlre revenu, [tes Deux femmes! Rendez grâce aux heureuses planè- Qui vous ont de leurs mai us su tirerbragues nettes; Car, tout autre que vous, quoiqu'adroit h mentir. Eût laissé la perruque avant que de sortir. Mais de vos faux errants les voyant éclaircies, Comment avez-vous pu vous les rendre adoucies? Et quel charme assez fort, apaisant leurcourroux, A détourné l'orage et rabattu les coups? Pour moi, j'aurais fort craint le saut de la fenêtre.
D. FER!\AND
J'ai feint effrontément de ne le pas connaître; Et comme l'inconnue avait dit mon vrai nom. Sur ce déguisement j'ai toujours tenu bon. De leur don Dionis qu'elles nommaient sanscessc, Pour un jeu concerté j'ai fait passer l'adresse; Et, comme tout n'étant que pour m'embarrasser. Niant tout jusqu'au bout je m'en suis fait chasser.
GL'ZMAX.
Vous laisserez pester Isabelle à son aise?
I). KF.»\AKn.
Anconliairo,Ciizman, il l'aul(( ne je l'apaise; Et que je fasse ell'orl à lui mettre en l'esprit, Qu'elle croit trop l'erreur qui conlre moi l'aigrit. .\yant à soutenir ce second personnage.
Ici. pour le jouer, je l'attends au passage; Et, sur un autre ton ayant su m'accorder, Comme don Dionis je prétends l'aborder.
J'ai su par don Juan qu'elle est chez une tante ; Et, feignant tout le jour de l'avoir crue absente, Privé d'un remlez-vous dont je devais jouir. Je préviendrai sa plainte, cl pourrai l'éblouir.
GUZMAN
Et VOUS la voulez croire assez dupe et novice. Pour ne pas découvrir le nœud de l'artifice?
D. FERNAND
Mais on a vu des gens se ressembler si bien, Qu'à les voir séparés, on n'y connaissait rien. Si larencontrecstrare, elle est du moins possible.
Guz.vrAN.
Monsieur, dans ce dessein votre honteest visible. Si les traits du visageont unrapport parfait, Ou la taille, ou la voix en détruisent l'effet ; Maisàmoins que pour vous la foi u'entrainel'ârae...
D. FHBXAND.
.\ussi je ne prétends abuser qu'une femme; Et je n'en sache point qu'on ne puisse obliger, Quand on sait bien s'y prendre, à croire de léger. Outre fpie don Juan, secondant mon adresse. Par de nouveaux détours fei'a valoir la pièce ; Pour appuyer la fourbe il est de tout instruit.
GUZ.MAN.
S'il a quelque talent, il peut faire grand fruit. Qui prend de vos leçons a de grands avantages. Enfin, pour l'inconnue, elle est cassée aux gages ; Il ne s'en parle plus, c'est autant de vidé?
D. FER.\AND
Mon cœur de ses attraits est toujours possédé, Jamais un plus beau feu n'eut tant de violence.
GUZ.MAX.
Monsieur, ayez, de grâce, un peu de conscience,
Gardez-vous bien de suivre un conseil hasardeux,
Qui vous les voulait faircépouser toutes deux.
Peut-être punit-on en matière pareille,
Et celui qui consent, et celui qui conseille;
El je me trouverais assez peu soulagé.
Que l'on vous accourcit, si j'étais allongé.
D. FERN'AXD.
Tu vas un peu trop vite en faveur d'Isabelle; Je la veux adoucir, non pas à cause d'elle; Mais de peur que l'aigreur de son ressentiment N'engage l'inconnue à quelque changement. IClle va de ma foi lui donner mille ombrages. Si je ne sais jouer Ions les deux personnages; i-^t ne fais dans l'état d'un nœud si surprenant, i'antùtdon Dionis, cl tantôt don Fernand. Voila quel esl mon but.
GUZUAX.
Tant pis.