‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 725 sur 1518 · SCÈNE IV CONSTANCE, LICENE, LUCIE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV CONSTANCE, LICENE, LUCIE

LICINE.

Dans l'état déplorable où me réduit l'envie.

Madame, qu'avez-vous résolu de ma vie?

Tout conspire à ma perte, et je vois l'empereur

Du coup le plus cruel me préparer l'horreur.

Mais quoi quedemon sort puisseordonnersa haine,

Vous en êtes toujours arliitrc souveraine;

Et toute la rigueur des destins irrités

Ne peut rien contre moi, si vous n'y consentez.

CONSTANCE

Si pour vous en secret mon cœur toujours propice, Suffit de leur courroux à rompre l'injustice, [1er, Quelques maux qui sur vous semblent prêts d'écla- Vous me connaissez trop pour en rien redouter; N'attendez rien de plus, j'ai cru pouvoir sans crime Vous soufTrir d'aspirer à toute mon estime, Et n'ai point balancé d'approuver un amour Qu'aux yeux del'empereur vous osiez mettre au Jour. L'éclat qu'il lui souffrait llattant votre espérance, Contre un doute importun me servait d'assurance; Et mes désirs trop prompts aidant à me trahir. Je crus que vous aimer ce n'était qu'obéir. Mais cnfiû, aujourd'hui que cette erreur bannie Laisse de mon devoir agir la tyrannie, Contrainte à m'y soumettre, en de pareils ennuis, Faire des vœux pour vous c'est tout ce que je puis. Je sais que votre amour qu'un cruel ordre alarme. D'un si faible secours dédaignera le charme; Mais, si c'est peu pour lui, dans ce que je me doi Peut-être avouerez-vous que c'est beaucoup pour i.iciNB. [moi.

Oui, c'est beaucoup,madame,etd'un sort si funeste Le coup doit m'ètre doux si cet espoir me reste. Quel remède a. des maux si rudes, si pressants, Que de les soulager par des vœux impuissants! Non, non, puisque je vois votre amour trop crédule. D'un pareil sentiment se former un scrupule. Qu'il s'abandonne entier à ce cruel devoir; Qui cherche à triompher de tout mon désespoir: Ne vous reprochez point d'avoir été facile Jusques à m'accorder uu souhait inutile; Consentez à ma perte, et purgez votre foi De l'indigne pitié qui vous parle pour moi. Ce cœur dont votre amour faisait toute la gloire, Ne vaut pas qu'un soupir souille votre victoire; Et vous laisseriez voir un courage abattu Si vous n'étiez cruelle à force de vertu.

CONSTANCE

•l'excuse des transports qui, trop prompts à para ilii',

Suivent l'aveuglement du feu qui les fait naître; Mais, si par la raison il se laisse éclairer Vous n'aurez pas longtemps sujet de murmni'er. Voyez ce que je suis, et ce que l'on m'ordonne, Auchoix qu'on mcprescritma gloire m'abandonne. Contre vous, contre moi, tout conspire à s'armer. Dans ces extrémités que puis-je faire'?

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