‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 741 sur 1518 · SCÈNE III CONSTANTIN, MAXIMIAN, SÉVÈRE, suite · texte numérisé non relu

SCÈNE III CONSTANTIN, MAXIMIAN, SÉVÈRE, suite

CONSTANTIN

Ah ! Seigneur, que de mauxle destin nous apprête.

Et qu'on m'eût épargné de peines à souffrir

Si, sans me rien apprendre, on m'eût laissé périri

Vous ne conceviez point sur quels secrets indices.

Fauste me détournait d'entendre les complices.

Et, malgré ses conseils, m'a forcé d'ordonner

Qu'un autre prît le soin de les examiner.

Elle vous l'a remis, et n'a pas craint qu'un père

Par l'intérêt du sang refusât de se taire,

Et pour sa gloire au moins, n'aidât à. déguiser

Ce que les conjurés auraient pu déposer.

MAXIMIAN

(Jiie dites-vous, seigneur?

; CONSTANTIN

Que la rage et l'envie Par son seul ordre, hélas! attentent sur ma vie, Et que d'un premier feu le souvenir trop doux ' Luifaitiremper lesmainsdansle sang d'un époux.

ilAXJMIAN.

Ah ! Seigneur, de ma fille épargnez l'innocence. Je vous l'ai déjà dit, ce sentiment m'offense; Et, quoi que l'imposture ait osé publier. Le sang dont elle sort la doit justifier.

CONSTANTIN

11 le devrait, mais, las !

SKVKRE.

Quoi, seigneur, il peut être Que d'aveugles soupçons tombent...

Ne dis rien, traître.

C'est loi de qui l'amour dans son cœur enflammé A versé la fureur dont il est animé.

En vain tu fais paraître une surprise extrême, S'il te faut des témoins, je ne veux que loi-même; Lâche, dans ce billet rcconnais-tu la main?

SÉVÈRE

0 ciel !

CONSTANTIN, domian/ le billet à Maximian.

Voyez, seigneur, s'il a part au dessein.

MAXIMIAN, lil.

« Quoi que de l'altentat on ait donné d'indices, Peut-être dès ce soir vous n'aurez plus d'époux; Agissez promptement, tout est perdu pour nous, Si vous ne l'empêchez d'écouter les complices. » Il le faut avouer, ce coup de foudre est grand ; Mais, sans doute, seigneur. Sévère vous surprend. L'ingrat, pour se venger de sa foi méprisée A vos ressentiments la veut voir exposée; El, par ce faux billet qu'il vous fait supposer, 11 s'accuse lui-même afin de l'accuser.

L'ardeur de la noircir...

CONSTANTIN

Pouvez-vous la défendre.

Simoi-mêmeen ses mains je viens de lesurprcndre Entré sans l'avertir dans son appartement? J'ai soupçonné son.crime à son étonnement, Je l'ai vue inquiète, et comme toute émue Dérober avec soin ce billet à ma vue; Et confus de son trouble, au point de lui parler. Votre abord m'a contraint de tout dissimuler. Vous avez vu, seigneur, avec quels artifices Elle a su se soustraire au rapport des complices. J'ai voulu devant vous lui laisser son secret; Et, lors(|ue resté seul j'ai parlé du billet, Ses refus ont si loiu porté ma défiance. Qu'à la prière enfin j'ai joint la violence. On va vous l'amener, afin que sa fureur Vous oblige avec moi d'en partager l'horreur.

MAXIMIAN

Dans l'affreux désespoir où me plonge son crime, Pardonnez le désordre oii ma raison s'abîme. Quoiqu'à voire péril le mien fut attaché, Jusqu'ici l'attentat ne m'avait point touché; J'estime peu la vie, et la main qui conspire M'assurait par la mort le repos où j'aspire; .Mais voir que sur le trône, après m'être vaincu. J'aie à ma gloire encor malgré moi survécu, Tout mon sang que noircit un si honteux outrage. En frémit de colère, en bouillonnede rage; Et, dans l'accablement de mes tristes ennuis, Je me perds, je m'égare, et ne sais qui je suis.

CONSTANTIN

Ah! Si VOUS l'ignorez, puis-je encor le connaitiv? L'amour de tous mes vœux s'est rendu le seul maître,

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