‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 777 sur 1518 · SCÈNE VI ÉRIXÈNE, DÉMÉTRIUS, PHÉNICE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI ÉRIXÈNE, DÉMÉTRIUS, PHÉNICE

DÉMÉTRTUS.

Que m'apprend-on, madame?

On vous fait de Persée autoriser la flamme; Et, si je puis sans crime en croire un bruit confus, Dès demain son bonheur doit vaincre vos refus.

ÉRIXÉNE.

J'admire que ce bruit ait de quoi vous surprendre Dans le peu d'iutérôt que vous y devez prendre. Du gendre de Didas les desseins mal cachés...

DÉMlh'RIUS.

Ahl Madame, est-ce vous qui me le reprochez. Et le déguisement dont j'ai puni ce traître, Peut-il abuser ceux qui me doivent connaître? Réduit à m'en servir contre un destin jaloux, Ce qui l'est pour le roi ne peut l'être pour vous. Cependant, quand ma foi croit être en assurance, Didas... Ce nom fatal fait trembler ma constance. Mon cœur s'en épouvante, et sou espoir flottant N'ose l'abandonner à tout ce qu'il entend.

ÉHIXÈ.NE.

J'ignore ce qu'il craint, maisje puis vous apprendre Qu'il cherche à se flatter dans ce qu'il doit entendre. S'il doute que le mien ne ressente pour vous

Ce que l'inditférencc eut jamais de plus doux. Dans cet heureux étal qui me rend à moi-même, Pcrsée avec son cœur m'offre le diadème; Et nul exemple encoi- n'a paru m'cnseigner A n'être point sensible à l'ardeur de régner.

DÉMÉTRIUS

Cachezmicuxàmon creurlemal qu'il appréhende. J'en tends peut-être plus qu'on ne veut qu'il entende, Et vous vois, malgré moi, dans ce funeste jour Mendier un prétexte à trahir mon amour. Si quelque dur éclat marquait votre colère. Je croirais que ma feinte aurait pu vous déplaire. Et qu'une injuste erreur vous aurait fait penser Que jusques à Didas je voudrais m'abaisser; Mais l'air indifférent dont ma perle est conclue Marque une àme à l'oubli dès longtemps résolue; Et je vois en secret la vôtre s'applaudir D'avoir trouvé par où s'y pouvoir enhardir. Des grandes passions c'est le cours ordinaire. Que le cœur qui les change en prend une contraire; Et quand ces vœux trahis exigent ce retour, S'il nescnt point de haine, il n'eut jamaisd'aniour. Ne rejetez donc point sur ma fausse inconstance Celle où l'ambition pousse votre vengeance. Quelque crime qu'en moi vous ayez présumé, Je serais innocent si vous m'aviez aimé.

ÉRIXÉNE.

Ces grandes passions qu'en suit une contraire. N'entrent point dans une àme au-dessusdu vulgaire, Qui maîtressedes vœux qu'il lui plaît de former, Do la seule vertu prend les ordres d'aimer. Du tumulte des sens l'impérieuse amorce Pour Iroublersa raison n'a point assez de force ; Et toujours à ses lois jalouse d'obéir. Ce qui la fit aimer ne la fait point ha'i'r. Tant que vos vœux ont eu ce précieux suffrage, Je ne le cèle point, j'en ai chéri l'hommage, L'inconstance sur eux commence de régner. Je ne m'en souviens plus que pour les dédaigner; Etje me sens une âme et trop haute et trop vaine Pour croire que l'outrage ait mérité ma haine.

DÉMÉTRIUS

Quel outrage, grands dieux! Et quandcontre Didas.,.

ÉRIXÉXE.

Je le tiens si léger qu'il ne m'ébranle pas ; Puis-je à vos feux naissants rendre plus de justice? Vous aimerez ailleurs sans que je vous ha'isse, Et donnant votre cœur ne serez point gêné D'en voir au moindre ennui le mien abandonné.

DÉMÉTRIUS

Non, non, si j'ai failli, ma timide espérance

Préfère votre haine à votre indifférence;

Et la foudre, et l'orage auront moins de rigueur

Que le calme odieux qui règne en votre cœur.

Mais quel crime ai-je fait quand j'ai craint pour vous

Le piègedangereuxquc me tendait un frère?[plaire

Maniié sur un hymen par Didas concerté,

Si je résiste au roi, je dois être arrêté,

Et...

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