PERSÉE ET DÉMÉTRIUS, ACTE IV, SCÈNE I
ÉniXKNlî.
C'est l'avoir sorvi plus qu'on ne saurait croire, Que de cette injustice avoir sauvé sa gloire, Et consenti plutôt à souiller votre foi. Que (le lui voir rien faire indigne d'un grand roi.
DÉMÉTRIUS
Si son ordre d'abord ne m'a point vu rebelle. Blâmez un malheureux plutôt qu'un infidèle. Contre cet ordre, hélas! bien loin d'y déférer. Partout de mes amis je viens de m'assurer. C'est pour gagner ce temps que d'un roi, que d'un J'ai, par un faux aveu, suspendu la colère ; [père, J'en voyais l'éclat prêt, et feignant d'obéir...
ÉRIXÈNE.
Ah! Qui sait bien aimer ne feint point de trahir. L'iiorreur quedansson àme imprimel'inconstance Lui fait du plus noir crime en traiter l'apparence; Et l'amant qui s'en peut déguiser le forfait, Cherche à se voir contraint de trahir en etl'et.
DÉMÉTRIUS
Quelque dur que me soit un reproche semblable, Puisque vous m'accusez, je veux être coupable; Mais, si mon innocence a pour vous quelque appas. Pour me justifier, faites parler Didas.
Qu'il dise de quel air ma juste impatience De ses vœux arrogants a traité l'insolence. Et quels ordres exprès il a reçus de moi Contre le fier espoir dont le flatte le roi.
ÉRIXÈNE.
Ces ordres, ces mépris doiventpeu me surprendre, Quand sa fidélité vous dédaigne pour gendre, Et que vous n'avez pu me croire un cœur si bas Que j'estimasse encor le rebut de Didas. Pour cacher son refus avcz-vous pu moins faire?
DÉMÉTRIUS
Quoi, Didas...
ÉRIXÈNE.
l\lalgré vous Didas n'a pu se taire; Mais, quoique son rapport mérite assez de foi, Je veux sur ce refusqu'il ait trompé le roi. Si le vôtre a puni l'audace qui l'entraîne, Du remords des ingrats vous avez craint la gène; Et la honte attachée à des voeux inconstants Ne vous a pu soutt'rir de me trahir longtemps; Maisquandduplusbeau feu l'ons'est montré capa- Qui trahitun moment reste toujours coupable ; [ble, Et ce moment qu'il donne à l'inlidélité. Par le plus vif remords n'est jamais racheté.
DÉMÉTRIUS
Continuez, madame, et, sur cette maxime. De votre ambition faites-moi la victime ; Quoiquevousm'imputiez,l'éclatd'un trône offert Fait seul, auprès de vous, le crime qui mo perd. C'est lui qui, pour pré texte, offre à votre vengeance L'irréparable affront d'un moment d'inconstance. Et tâche, en noircissant et mon zèle et ma foi. D'autoriser en vous ce qu'il punit en moi. Je ne demande plus par quel charme séduite Avec tant de chaleur vous m'ordonniez la fuile.
Prèle à m'ôter la vie en m'ôlant votre cœur, Mes reproches pour vous avaient trop de rigueur. Ce dur éloignement que pressait votre crainte, D'un amant outragé vous épargnait la plainte ; Mais n'en redoutez point le vif ressentiment, Abandonné, trahi, je suis toujours amant. Toujours ma passion aussi noble que pure A toutcequi vousplaît sait m'offrir sansmurmure; Et, quand ma triste mort a de quoi vous flatter, L'ordre est de ma princesse, il faut le respecter.
ÉRIXÈNE.
Si sur un trône offert votre lâche inconstance Se veut croire permis d'en rejeter l'ofl'ense, A la favoriser je prends tant d'intérêt. Que je lui veux laisser une erreur qui lui plaît. Adieu.
DÉMÉTRIUS
Quoi, me quitter? Hé, de grâce, madame, Daignez ouïr... Hélas! rien ne touche son àme; Et l'afl'reuse disgrâce oii le ciel me fait choir, Pour en finir l'horreur, n'a que mon désespoir.