‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 854 sur 1518 · LAODICE, ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

LAODICE, ACTE III, SCÈNE II

Que c'est moi, c'est ma main qui vavouscourouQer, Que si votre malheur par le trône s'cfTace, Malgré les envieux c'est moi qui vous y place. Condamnez-vous ma joie, et dans ce dou.x appas...

AXIANE

Oui, cruel, puisqu'enfin tu ne m'y places pas. Je ne t'en ai déjà que trop dit pour ma gloire. Achève de jouir de toute ta victoire.

Et vois une princesse aux dépens de sa foi, Murmurer d'un bonheur qui ne vient pas de toi. Lors(|u'à te couronner la reine a paru prête, Qu'il fallait me résoudre à te voir sa conquête, J'ai voulu, j'ai tâché de vaincre mes désirs. Mais ce n'a pas été sans pousser des soupirs. Contre tes intérêts mon cœur pressait ma flamme, Je souhaitais ta gloire, et j 'en tremblais dans l'âme. Qui te rend dans mou sort le cœur moins abattu? Est-ce défaut d'amour, est-ce excès de vertu ? L'un et l'autre de toi m'est un parfait outrage; Et si d'un pur amour tu m'as offert lliommage. Devrais-tu me réduire à soupirer tout bas De voir qu'en me perdant tu ne soupires pas?

ARIAR.\TE.

Ah ! Si ce pur amour qu'en moi vous fîtes naître N'a pu jusques ici se faire assez connaître, Paroù pourrais-je mieux vous en prouver l'ardeur, Que par la pleine joie où nage tout mon cœur? Vous régnez, et mon sort s'allachant tout au vôtre, Ce triomphe pour moi l'emporle siu- tout autre, l'our en jouir sans trouble et dans sa pureté. Tournez ainsi que moi les yeux de ce côté, Ne voyez que la gloire où le ciel vous appelle. Ne voyez que ce trône...

AXIA^'E.

Et le puis-je, infidèle?

Car qui d'un trône seul veut qu'un cœur soit charmé. Ou trahit ce qu'il aime, ou n"a jamais aimé. Ah, que je m'abusais quand j'ai cru (jue la reine Par l'offre de sa main, te causait quelque peine ! Tu régnais, et l'éclat d'un sort si glorieux Pour les tourner vers moi ne te laissait plus d'yeux. Tu te livrais entier aux charmes d'un empire Dont ton amour vaincu...

ARIARATE.

Que VOUS entends-jedire?

Moi, j'eusse consenti sous l'espoir de régner, A perdre...

AXIAXU.

Et quel motif te l'eût fait dédaigner ?

ARIARATE.

L'amour, ce pur amour dont tout l'excès éclate Lorsqu'Oronte vous cède aux vœux d'Ariarate. Peut-il vous arracher k l'hymen d'un grand roi?

AXIAM-..

Non, ce n'est point parla qucje me plains de toi. Je te l'ai déjà dit, il est beau que ton àme. Immole à ma grandeur tout l'espoir de ta flamme; Mais serait-ce une honte indigne d'un grand cœur D'en laisser échapper au moins quelque douleur?

.Ne saurais-lu souffrir, ingrat, qu'une [irincesse Pour prix de son amour te coûte une faiblesse, Ou crois-tu qu'à rougir il fallut t'apprûter. Si quand tu perds mon cœur tu l'osais regretter? Ah! Contre ton amour, contre son arrogance Que n'ai-je fait agir l'orgueil de ma naissance; Et pourquoi me laissais-jc arracher un aveu Qui m'a fait tant de peine et te touche si peu?

ARIARATE.

Il fait tout mon bonheur, il fait toute ma joie ; Mais, c|uand du ciel, sur vous la faveur se déploie. Serait-ce vous aimer que mêler mes regrets Aux pompes d'un destin qui remplit vos souhaits?

AXIANE

Qui remplit mes souhaits?

ARIARATE.

C'est de quoi je me flatte ; Avant que d'en douter voyez Ariarate; Et si, le connaissant, vous avez quelque ennui Que Rome vous engage à régner avec lui, Si, lui donnant la main, ma princesse est capable De regretter ailleurs quelque chose d'aimable. L'excès de ma douleur alors lui fera voir Jusqu'où peut ce dégoût porter mon désespoir. Alors ce désespoir lui montrera sans cesse Si je crains que son cœur me coûte une faiblesse, Et si de son bonheur j'ai pu me réjouir Qu'assuré qu'elle-même aimerait d'en jouir.

AXIANE

Va, tu seras content; et, puisque c'est te plaire. Sans regret, sans murmure, il faut te satisfaire. Je m'abandonne au trône, et ne vois plus en toi Que ce qui le pouvait rendre indigne de moi. Crois déjà que régnant avec Ariarate, 11 n'est plus rien ailleurs qui m'attire ou me llattc. Et que sa main m'attire un bonheur si parfait. Que j'aurais fait ce choix si Rome ue l'eût fait. Aussi bien, quand j'aurais à soupirer sans cesse. Il suffit qu'une fois j'ai fait une bassesse, Je t'empêcherais bien d'espérer la douceur De t'applaudir jamais des peines de mon cœur; Tu me verrais égale, et tranquille, et constante. Montrer dans mes ennuis l'àme la plus contente, En démentir l'atteinte, et ne rien témoigner Qui parût m'affaiblir la douceur de régner,

AHURATE.

S'il m'est permis de croire à ce que j'en présume, Cette douceur toujours sera sans amertume; Et pour ne taire plus ce qui doit éclater. Sachez...

AXIANE

La reine vient, et c'est trop t'écouter.

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