SCÈNE V Les Mêmes, HERMANN
HERMANN
Impossible de sortir.
GERTRUDE
C'est vous, Hermann! Dites, à qui en veut-on, mon bon Hermann, au nom du ciel, parlez-moi! Mon fils, de grâce ! que signifient ces cris horribles? Ah ! ayez pitié de votre mère, Johann! parlez! vous ne pouvez rien me dire qui me soit aussi affreux à supporter que ces ténèbres et cette crainte.
PALMA
Eh bien! ma mère, un meurtre a été commis, et c'est moi qu'on accuse.
GERTRUDE
Toi ! ô Dieu ! toi, mon pauvre enfant! (on crie : ) A mort, à mort l'assassin ! ) Mais il faut te sauver, il faut te sauver! Hermann, mon Hermann! sauve-le!
Madame, ils gardent la porte; je l'ai barricadée, mais il n'y a pas de fuite possible.
GERTRUDE
mon Dieu, vous êtes inexorable ! Fuis, Johann ; gardetoi pour ta mère, je t'en prie, mon fils.
PALMA
Non, non, je ne puis vous laisser ici.
« * Palma, Gertrude, Hermann.
202 PALMA
GERTRUDE
Je n'ai rien à craindre, moi; je te rejoindrai avec Hermann. Ils vont briser la porte, ne les attends pas.
PALMA
Eh bien! Hermann, protège-la... Ah! par cette fenêtre...
( Il ouvre la fenêtre a gauche. — Cris furieux. — Des pierres brisent les vitres.)
Ne craignez rien, ma mère, je puis leur échapper parla terrasse et par le chemin creux. Hermann, protège-la.
Partez tranquille, maître.
PALMA. îl se penche h la fenêtre.
Ah! misérables!
Une pierre vient le frapper à la tête , il tombe à la renverse dans la chambre, le front ensanglanté. Il demeure sans mouvement.
HERMANN
Ah!
Hermann n'ose secourir Palma, de peur que Gertrude ne s'aperçoive de ce malheur. Il reste tremblant, l'oeil fixé tantôt sur Gertrude, tantôt sur le corps de Palma. Moment de silence.
GERTRUDE
Eh bien! eh bien! Hermann, je n'entends plus rien... Qu'est-il arrivé?
HERMANN, tremblant.
Madame, le maître s'est sauvé.
GERTRUDE
Sauvé! ah! (Elle s agenouille au-dessus de la tète sanglante de Palma.)
Seigneur, je vous remercie! Seigneur, soyez béni! vous m'avez bien durement frappée, mon Dieu, mais cette grâce ne laisse à mes yeux que des larmes reconnaissantes.
(pour se relever, elle pose une main à terre : sa main rencontre les cheveux et
la tête de son flis.) Grand Dieu, qu'est cela? c'est lui!...
c'est mon fils!... Du sang!... Il est blessé, dis Hermann!...