SCÈNE SEPTIÈME
HECTOR, un peu sec d'abord, pais s'échauffent peu à peu jusqu'à la fin de la scène.
Oui, major, je suis avocat.
LE MAJOR
Avocat!... Dis donc, Grunsber^... Avocat!
Il s'assied.
GRUNSBERG, ricanant.
Han!... han!... Ils sont tous avocats!
Il s'assied.
LE MAJOR
En Prusse, monsieur, on n'est pas avocat... On est militaire.
HECTOR
J'avais moi-même, major, de l'inclination pour cette carrière ; malheureusement on m'a trouvé la vue trop faible.
LE MAJOR
La vue faible... Grunsberg!
GRUNSBERG.
Hi I hi ! Ils ont tous la vue faible !
LE MAJOR
En Prusse, monsieur, on prend tout, même les infirmes!
Même les poltrons!
HECTOR, à demi'Toix.
Même les crétins!
LE MAJOR, vivement à Grunsberg.
Qu'est-ce qu'il a dit?
GRUNSBERG.
Même les chrétiens, je crois... Je ne sais pas ce qu'il veut dire.
362 YOKK
LE MAJOR
Puis-je avoir la satisfaction, F honneur et l'avantage de savoir votre nom, monsieur?
HECTOR
Hector Dolbrun, monsieur.
LE MAJOR
Dolbrun!... Ah! par exemple, ceci est un peu trop fort! dis donc, Grunsberg... vous vous appelez Dolbrun, vous? mais je vous le défends, entendez-vous?
Pourquoi donc, s'il vous plaît ?
LE MAJOR
Parce que j'ai connu dans l'armée française un Dolbrun qui était colonel à vingt- quatre ans, général à trente, que j'estime comme le brave des braves et qui n'aurait pas souffert un quart de seconde qu'on lui chatouillât le nez comme je vous le chatouille depuis dix minutes !
HECTOR, an peu monté.
; " Quant à cela, major, si je ne m'étais pas tenu à quatre, pour raisons à moi connues, il y a longtemps, daignez le croire, que j'aurais décroché cette hallebarde, et que je vous aurais rompu les reins! (Mouvement du major.) Mais j'aurais eu tort, car j'aurais perdu le plaisir de vous entendre faire si chaudement l'éloge de mon père.
LE MAJOR
Votre père!... Qui ça?
HECTOR
Le général Dolbrun... Voici une lettre de sa main, major.
LE MAJOR, ouvrant vivement la lettre.
Comment!... Oui, ma foi... En vérité, oui... dis donc, £nmsberg... c'est le propre fils de Dolbrun, ma parole d'honneur!