‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 143 sur 305 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

ner un instant qu'une femme comme la mienne, élevée, un peu grâce à toi, avec un redoublement d'austérité, plongée et enracinée dans les plus pures traditions et morne dans les préjugés de son faubourg, que celle femme-là, aux yeux de qui tu représentes, à toi seul, les sept péchés capitaux, pour qui ton nom, mêlé à celui de sa déplorable tante, esl un symbole monstrueux d'immoralité, de scandale et de spoir, que cette femme-là s'avise, un beau matin, sans transition, de se faire la complice de ta faute, el de patronner publiquement le fruit de tes amours!... Mon cher, c'esl ins însé!

RAOUL

seraîl insensé, en effet, si ta femme professait l'inflexible rigueur que tu lui prêtes...; mais, voyons, Archibald, es-tu sur de bien la connaître, la femme?

LE COMTE

Bon ! si je connais ma femme maintenant!

RAOUL

C'esl qu'il esl liés rare que les maris connaissent bien leur femme... ; ils les croient presque toujours plus froides, plus insensibles qu'elles ne le sont... Ainsi la tienne, j'en suis persuadé, n'esl pas aussi implacable que tu le dis pour la mémoire de sa tante.!. IVont-elles pas été compagnes d'enfance? El puis enfin celle jeune tante enlevée, malheureuse, repentante, foudroyée, fout cela doit parler secrètement à l'imagination de ta femme et intéresser son cœur...

LE COMTE, avec emportement.

Mais pas le moins du inonde, mon ami! ma femme n'est pas romanesque. Voilà encore une de vos erreurs, à vous autres libertins... Vous vous figurez que toutes les femmes sont romanesques parce que cela vous accommode, parce que cela vous abrège le chemin d'autant !... Eh bien! non, mon cher, il y a d'honnêtes femmes dans le monde, et les honnêtes femmes ne sont pas romanesques.

RAOUL

Bah! elles ont toutes une petite pointe de cœur tournée dans ce sens-là.

LE COMTE, ave- fureur.

Pas la mienne, mon ami !

RAOUL

La tienne aussi, va!

LE COMTE, exaspéré.

Tu le veux? Eh bien! Seigneur Dieu, je vais I»' taire annoncer. Tu vas voir ma femme, parler à son imagination, à son cœur, à son âme, tout ce que tu voudras... Seulement , si tu reçois un congé des plus brusques, je m'en lave les mains... ; tu es prévenu!

RAOUL, l'arrêtant et lui saisissant la main avec force,

Àrchibald, est-ce que tu ne comprends pas que cette démarche, cette insistance, cette importunité dont je te pers fcute, me coûtent horriblement?... que c'est une angoisse affreuse pour un père de sentir qu'il est un obstacle au bonheur de son enfant, et d'être forcé delà livrer aux étrangers? Est-ce que tu ne comprends pas, ><>us la légèreté «I'' nies paroles, que je souffre, que je suis déchiré et que je fais à ton amitié, à ton humanité, le plus sérieux de- appels?

LE COMTE

Mou Dieu, mon ami, je sens tout cela parfaitement...; mais eiitin que \ eux-tu que je fasse?

RAOUL

Aie le courage, aie la bonté de préparer ta femme à ma visite et a la requête que je viens lui adre ser.

Ml E, avec

Eh bien ! suit !je \ai> essayer.

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