ACTE TROISIÈME
CÉCILE
Vous plaisantez, mon père !
DE CAMBRE
Non; je ne plaisante pas... il me semble vraiment quelquefois que ton affection pour moi est tiède... Enfin, voyons, je suis sur que tu confies tes secrets à ta mère?... et à moi, jamais.
CÉCILE
D'abord, je n'ai pas de secrets.
DE CAMBRE
Est-ce bien certain?... Assieds-toi là un instant... Faitesmoi cette grâce, mademoiselle, je vous prie... (n la fait asseoir et s'accoude sur le canapé.) Là, maintenant, je t'e'coute... dis-moi tout.
CÉCILE, riant
Mais quoi?
DE CAMBRE
Une jeune fille de ton âge a toujours quelque secret... Voyons, qu'est-ce que disent tes danseurs0
CÉCILE
Oh! rien dMnte'ressant, je vous assure.
DE CAMBRE
Et ton cœur?
CÉCILE
De même.
DE CAMBRE
Se'rieusement, mon enfant, ne penses-tu jamais à te marier?
CÉCILE
Jamais. Je suis si heureuse près de ma mère... et de vous.
24S JULIE
Et de moi aussi... C'est très flatteur pour nous... Mais eniin on peut aimer sa mère... et même son père... et cependant se marier. Gela se voit.
CÉCILE
Oui ; mais pour cela il faut aimer quelqu'un plus qu'on ne les aime, ou du moins autant, et moi j'attends encore ce quelqu'un.
DE CAMBRE
Voilà une raison... et s'il arrivai!, ce quelqu'un... ou plutôt s'il revenait?
C Ki ILE.
Gomment? qui donc?
DE CAMBRE, s'asseyant près de sa fille.
Ma chère petite, je te vais témoigner plus de confiance que tu n'en montres. Je crois que tu as beaucoup de raison, de courage, et moine, quand tu veux, de franchise... et je vais faire appel à toutes ces qualités : à ta franchise d'abord... Me suis-je absolument trompe' quand j'ai <ru remarquer, pendant tes vacances de l'an dernier, que tu sentais un petit faible de cœur pour mon ami Maxime ?
CÉCILE
Pour M. de Turgy?
DE CAMBRE
Pour Turgy, oui.
CÉCILE
C'esl vrai, mon père.
Gentille enfant!... Maintenant c'est à ta raison et à ton courage que je vais m'adresser, s'il y a lieu. Dis-moi, chère