‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 269 sur 305 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

était la source amère de ces me'chants caprices dont je vous torturais, pauvre enfant!... Oh oui! que de fois j'ai voulu vous dire : Ne touchez pas ma main... ne touchez pas mon front!.. . Et puis le courage me manquait... je ne pouvais... je ne pouvais... (Elle pleure.) Ah! je vous aimais... Vous me croirez peut-être maintenant que tout est fini, Roswein... je vous ai bien aime'.

Je ne vous crois pas!

LEONORA

Non... j'ai tue' la confiance... Mais, du moins, ne croyez pas à tout ce qu'a dit Carnioli... J'ai été' sa maîtresse, voilà tout ce qu'il y a de vrai, et c'est assez pour la honte de toute ma vie... mais tout le reste est faux!...

ROSWEIN.

Je ne vous crois pas!... Levez-vous... allez!...

Il la relève violemment en passant*.

LEONORA, suppliant.

André! André!... Ah! pourquoi me traiter si durement, Roswein... Quand je serais, comme il vous l'a dit, une courtisane, une créature... eh bien! la dernière des femmes a encore ses moments de sincérité et de vertu... et vous devez bien voir, André, que je suis dans un de ces moments-là... Oui, il n'y a qu'une faute dans ma vie... Carnioli!

ROSWEIN.

Eh bien, Carnioli!... vous avez aimé Carnioli!... qu<' faut-il donc de plus?

LEONORA

Non, non, André! oh! vous ne pouvez le penser, non, je n'ai pas aimé ce Carnioli que vous connaissez, ce cœur flétri... cette âme glacée... ce vil libertin! non, jamais!

* Leonora, Roswein.

J'ai aimé une heure... un instant... pour mon désespoir éternel, un fantôme de noblesse, de grandeur enthousiaste, de tendresse exaltée... Ah! voilà le mensonge qui surprit un jour, avec un art infernal... mon pauvre cœur si triste alors... si seul... si avide d'affection!... et c'est lui, cet homme-là, qui me reproche de vous avoir trompé... vous... de m'être faite meilleure que je n'étais !... Ah! il est hardi ! Certes, il n'a pas tenu à lui que je ne sois devenue telle qu'il me dépeint, telle qu'il me croit, peut-être... car Dieu sait avec quel soin jaloux j'ai dérobé toujours à son contact, à son insolente ironie, les vrais sentiments de mon cœur... mes songes de jeunesse... d'amour, de vertu!... mon âme, enfin!... mon âme, qu'il n'a pas connue... qui est née sous votre premier regard... qui vous survivra... allez, mon ami... pour vous venger... (Allant a lui tout à coup.) Partez! qu'il ne vous retrouve pas ici... que je n'aie pas à rougir devant ce misérable ! Encore cette grâce...

partez! (Elle lui prend la main qu'elle baise en s'inclinant.) André, je

ne vous aimais pas, puisque vous ne voulez pas le croire... Je vous respectais... je vous adorais! Ah! cela est bien vrai! vous étiez pour moi plus qu'un amant bien-aimé... vous étiez ma religion... ma prière... mon dernier lien avec le ciel! Ah! tout ce que j'avais de bon et d'honnête... tout ce qui me consolait de moi-même... vous emportez tout... Tout va s'éteindre avec le cher regard de vos yeux ! André! mon André! adieu! (Kiie «e prosterne à ses pieds.) Merci de m'avoir aimée.

Leonora!... vous êtes plus coupable que des paroles ne peuvent le dire... si vous dépensez tant de serments et de i irmes pour tromper un malheureux aussi confiant que moi... relevez-vous! je vous aime.

LEONQRA] h genoux, le regardant avec angoisse.

André! oh non! si c'est une raillerie, je vous jure que le châtiment serait plus grand que la faute.

Page 1