ACTE PREMIER
LE DUC
Non , voua vous trompez, je ne vous avais poml oubliée, mais de même que vous me voyiez sans dont»', comme j'étais au moment de mon départ, la belle duchesse de Sidonia d'aujourd'hui était toujours pour moi la petite Diana d'autrefois : le temps marche, je l'avais oublie' ; il a l'ait de vous une divine jeune fille, de moi presque un vieillard.
LA DUCHESSE, vivement et comme malgré elle.
Oh !
LE DUC
J'ai plus de quarante ans, duchesse, c'est-à-dire plus du double de votre à^re ; mais je m'en félicite, car cel âge me donne le droit d'être votre protecteur, votre père, (n va
chercher un fauteuil à gauche; la duchesse s'assied; d'AUmquerque se place
à coté d'elle.) Permetl ez-moi une question.
LA DUCHESSE
J'e'coute.
LE DUC
Vous êtes seule au monde, isole'e à la cour, vous êtes belle... Oh ! je ne vous le demande pas.
LA DUCHESSE
Mais cette question, duc?
LE DUC
M'y voici. Vous connaissez-vous quelque ennemi à la cour?
LA DUCHESSE
Un ennemi à moi ?
LE DUC
Ou quelque ami... trop ardent: c'est souvent la même chose ; une femme qui se sent atteinte par une perfidie cachée doit s'en prendre à l'homme qui la hait...
LA DUCHESSE
Je vous ai dit, duc, que je ne me connaissais pas d'ennemis.
LE DUC
Ou à l'homme qui l'aime. Puis-je, sans offense, vous demander, madame, s'il est quelqu'un à la cour qui soit dans ces sentiments à votre égard ?
LA DUCHESSE
Monsieur le duc, la perte de ma fortune ne m'a pas permis de former une alliance digne de mon nom ; c'est vous dire comment j'ai pu recevoir des présentions blessantes, des vœux outrageants.
LE DUC
Bien : voilà justement ces ardents amis dont je vous parlais. Et parmi ces amis, dites-moi, duchesse, n'en estil pas quelqu'un qui occupe un rang considérable ? Parmi ces prétendants trop inférieurs, ne s'est-il pas trouvé un soupirant... trop illustre?
LA DUCHESSE, embarrassée.
Monsieur le duc, je...
LE DUO
Je ne demande pas que vous me disiez oui, et cependant vous l'eussiez dit à votre père. (Après un silence.) Oui, madame, je comprends tout, maintenant; hélas! vous avez déjà beaucoup souffert, et j'en ai peur, vous souffrirez beaucoup encore.
LA DUCHESSE, aïec élan.
Àh ! monsieur, protégez-moi !
LE DUC
Pauvre enfant ! ne m'avez-vous pas dit que ma protection vous perdrait '?