‹ Theatre complet. -- (volume 4)Chapitre 14 sur 285 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LE DUC

Non , voua vous trompez, je ne vous avais poml oubliée, mais de même que vous me voyiez sans dont»', comme j'étais au moment de mon départ, la belle duchesse de Sidonia d'aujourd'hui était toujours pour moi la petite Diana d'autrefois : le temps marche, je l'avais oublie' ; il a l'ait de vous une divine jeune fille, de moi presque un vieillard.

LA DUCHESSE, vivement et comme malgré elle.

Oh !

LE DUC

J'ai plus de quarante ans, duchesse, c'est-à-dire plus du double de votre à^re ; mais je m'en félicite, car cel âge me donne le droit d'être votre protecteur, votre père, (n va

chercher un fauteuil à gauche; la duchesse s'assied; d'AUmquerque se place

à coté d'elle.) Permetl ez-moi une question.

LA DUCHESSE

J'e'coute.

LE DUC

Vous êtes seule au monde, isole'e à la cour, vous êtes belle... Oh ! je ne vous le demande pas.

LA DUCHESSE

Mais cette question, duc?

LE DUC

M'y voici. Vous connaissez-vous quelque ennemi à la cour?

LA DUCHESSE

Un ennemi à moi ?

LE DUC

Ou quelque ami... trop ardent: c'est souvent la même chose ; une femme qui se sent atteinte par une perfidie cachée doit s'en prendre à l'homme qui la hait...

LA DUCHESSE

Je vous ai dit, duc, que je ne me connaissais pas d'ennemis.

LE DUC

Ou à l'homme qui l'aime. Puis-je, sans offense, vous demander, madame, s'il est quelqu'un à la cour qui soit dans ces sentiments à votre égard ?

LA DUCHESSE

Monsieur le duc, la perte de ma fortune ne m'a pas permis de former une alliance digne de mon nom ; c'est vous dire comment j'ai pu recevoir des présentions blessantes, des vœux outrageants.

LE DUC

Bien : voilà justement ces ardents amis dont je vous parlais. Et parmi ces amis, dites-moi, duchesse, n'en estil pas quelqu'un qui occupe un rang considérable ? Parmi ces prétendants trop inférieurs, ne s'est-il pas trouvé un soupirant... trop illustre?

LA DUCHESSE, embarrassée.

Monsieur le duc, je...

LE DUO

Je ne demande pas que vous me disiez oui, et cependant vous l'eussiez dit à votre père. (Après un silence.) Oui, madame, je comprends tout, maintenant; hélas! vous avez déjà beaucoup souffert, et j'en ai peur, vous souffrirez beaucoup encore.

LA DUCHESSE, aïec élan.

Àh ! monsieur, protégez-moi !

LE DUC

Pauvre enfant ! ne m'avez-vous pas dit que ma protection vous perdrait '?

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