‹ Theatre complet. -- (volume 4)Chapitre 49 sur 285 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

LE DUC, toujours assis, après l'avoir regardé.

Cijnlaine, j'ai beaucoup voyagé; j'ai vu des fripons de toutes les espèces, des coquins de toutes les nuances, des drôles de toutes les encolures ; je m'y connais, par conséquent... Eh bien! je puis vous dire, et cela est llatteur pour vous... que je n'en ai jamais vu un seul qui fût d'un air à vous le disputer, mon capitaine.

Il se lève.

RIUBOS.

Duc, une telle plaisanterie...

Je ne plaisante pas, don Riubos, et je m'explique maintenant la propension singulière que j'ai toujours eue à vous donner des coups de canne.

RIUBOS.

Morbleu ! monsieur, vous me ferez satisfaction.

LE DUC, tirant les tablettes et lisant.

« Chapitre IIe. — Dévotions du roi à l'e'glise del Carmen. Le roi, étant sorti par la sacristie, monta dans un carrosse sans armoiries ;>, etc. Êtes-vous satisfait?

RIUBOS.

Mes tablettes !

LE DUC, refermant les tablettes et les mettant dans sa poche.

En vérité, je comprends qu'il y ait des gens qui se fassent ermites pour ne pas être exposés à saluer, incognito, de ces espèces-là... Oui, monsieur, ce sont vos tablettes.

RIUBOS.

Je les aurai perdues !

LE DUC

C'est probable, puisque je les ai trouvées. En vérité, capitaine, ceci est à mes yeux une grande leçon du hasard, ou plutôt un suprême retour de la Providence, qu'un

homme qui a passé trente anne'es de sa vie à s'instruire dans l'art de tromper ses semblables, et à pratiquer cet art avec un succès soutenu, un matin, en descendant de l'escalier du palais, au lieu de mettre ses tablettes dans sa poche, les mette à côté, et voilà qu'il culbute subitement, et que sa forte tête lui tombe des e'paules. Rendez-moi votre épée, don Riubos.

R I U B O S , se découvrant.

Monseigneur, j'ai fait cinq campagnes dans les Flandres, la première, en 1619 ; la seconde...

LE DUC

Vous avez un aplomb incroyable. Continuez.

RIUBOS.

La seconde, en 1625, à Laensbourg,où je reçus cinq estafilades d'une prodigieuse profondeur. La troisième...

LE DUC

Continuez.

RIUBOS, se recouvrant et changeant de ton.

Tenez, monseigneur, jouons franc, vous ne gagnerez rien à me perdre, et je puis vous rendre quelques services.

LE DUC

A la bonne heure ! voilà qui est parler, et je reconnais mon officier de fortune. Vous avez raison. Il n'est pas impossible que vous me soyez utile. Mais, avant toutes choses, il ressort pleinement de vos tablettes que vous espionnez le roi au profit du premier ministre, le premier ministre au profit du roi, et tous les deux enfin au profit de l'inquisition, (ici Biubos se découvre.) Ce qui fait que vous êtes pendable de deux côte's au moins. Or, à cette heure que votre position est bien nette, sachez que, pour chacun de vos services, je vous rendrai une page de vos tablettes . Maintenant , causons d'affaires. Qui me fait arrêter ?

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