MADAME DE TARGY, LE DOCTEUR CHESNEL
MADAME DE TARGY.
Ah! quelle bonne surprise!
Bonjour, ma chère amie... Comment ça va-t-il? Voulezvous venir à Asnières?
MADAME DE TARGY.
A Asnières? Pourquoi irais-je à Asnières?
LE DOCTEUR
Parce que j'y vais moi-même. J'y vais voir un de mes clients... Alors, je me suis dit : « En allant à la gare, je vais entrer chez mes amis de la rue de Rome... Il fait un temps charmant... une vraie journe'e de printemps... Je vais les emmener à la campagne... ça les distraira... » et puis je vous ferai voir, par la même occasion, la maisonnette, le cottage que j'ai acheté là... c'est très gentil!
MADAME DE TARGY.
Merci, mon bon docteur... Mais mon tils est à son bu-
reau, naturellement, et, moi, j'ai justement aujourd'hui mes deux leçons de piano.
LE DOCTEUR
Ah diable! Eh bien, un dimanche, vous viendrez voir mon cottage, et j'espère que vous voudrez bien y passer quelques semaines cet été...
MADAME DE TARGY.
De grand cœur, mon ami!
LE DOCTEUR
A la bonne heure! Je prends acte! (n regarde l'appartement.) Eh bien, décidément, c'est très gentil, votre petite installation... J'aime cent fois mieux vous voir là que dans ce me'chant hôtel meuble'.
MADAME DE TARGY.
N'est-ce pas?... Nous ne sommes pas mal... vous voyez... Cette pièce nous sert à la fois de salon et de salle à manger. (Montrant la porte de droite.) Mon petit appartement par ici... (a gauche.) par là celui d'Henri et de sa femme. Deux jolies chambrettes... avec une sortie particulière même. C'est très commode.
LE DOCTEUR
Parfait! (L'interrogeant du regard.) Et, d'ailleurs, comment ça va-t-il?
MADAME DE TARGY.
Moi? à merveille!... vraiment heureuse!... Après avoir porté si longtemps cet affreux secret, — que vous seul aviez devine', mon bon docteur, — je me trouve comme soulage'e du poids d'une montagne... et puis j'ai e'té si fière de la conduite de mon fils, de son courage héroïque... Enfin, je suis heureuse!... J'ai vingt ans! quand je vais donner des leçons de piano, je file dans les rues de mon pied léger comme une amoureuse!