SCENE X
MAURICE, puis JEANNE.
MAURICE, écrasé.
Ah ! est-ce possible ! est-ce possible ! Force' de souffrir cela! Mais c'est donc un faux ami, un traître, un misérable, cet homme-là!... Eh bien, alors, je suis perdu!... je suis perdu !...
Sa sœur entre à droite. — 11 essaye île composer son visage et il y réussit mal.
JEANNE. Elle apporte sa sortie de bal et ses voiles.
Je viens parce que je l'ai entendu partir... (remarquant le trouble de son frère.) Mon Dieu ! qu'est-ce qu'il y a ? Tu es tout bouleverse' ! Maurice, qu'est-ce qu'il y a?
MAURICE, très ému, lui prenant les mains, à demi- voix.
Ma pauvre petite sœur !
JEANNE, affolée.
Quoi ? Mon Dieu !
ACTK DKIXIKMK :>'.M
M Afnn: F. .
Je suis déshonoré !
JEAN N E, avn' un eri.
Oh ! qu'est-ce que tu dis ? Nod ! je t'en prie ! m a un ici:.
J'ai joué... j'ai perdu... hSfttyÇpuo d'argen^.,. je, m- puipayer, »it demain mon nom sera affiché au cercle comme celui d'un homme qui a manqué à l'honneur !
Ton nom... affiché! Mais voyons... explique-moi.:, je ne
saisis pas bien... explique-moi !
MAURICE
Eh bien, dans nos rondes... quand on a joue*... quand on ne peut pas payer, — le secrétaire du cercle vous prévient... et le lendemain à midi, si on n'a pas payé... un aflirho votre nom sur la glace du salon... et cela, pour RPUS, ••-( l'équivalent de la faillite pour un commerçant... de la faillite frauduleuse... Dès ce moment aucun niembre du cerçje ne vous salue... aucun ne touche votre main... Pour un homme du monde, c'est le deshonneur... pour un officier, rnjniin' moi, p'jsj ({u.-lqii- clrns»; de plus... c'ggj la démission force'e... les jalons arrachés... l'épée brisée!... voilà ce que c'est!... Et voilà là première nouvelle qui saluera mon père demain à son arrivée !
Maurice... mon frère chéri..., je t'en prie!... Remets-toi... calme-toi! Pensons un peu tous deux!
MAURICE
Mon père en mourra! Tu >ais son horreur pour le jeu... Tu te rappelles sa douleur et sa colère, il y a un au, quand il sut que j'avais perdu une somme insignifiante... Pourtant... cette fois-là!... Ah! oui, il en mourra! ou il me tuera, et il fera bien !
392 CHAMILLAC
JEANNE
Mais il faut payer!
Comment ?
MAURICE
JEANNE
Combien dois-tu ?... Et à qui ?
MAURICE
A Lie'part trente mille francs; — quarante mille à Ghamillac !
JEANNE
Oh !... et ils refusent de te donner du temps? (Maurice fait un signe affinnatif.) M. de Chamillac aussi ?
MAURICE
Chamillac... plus durement... plus insolemment que l'autre encore !
JEANNE
Et tu comptais tant sur lui !
MAURICE
A mon âge, on connaît mal les hommes... J'ai e'te' dupe.
JEANNE
Mais enfin... il faut payer!... il le faut!
MAURICE
Comment veux-tu? Soixante-dix mille francs d'ici à demain? Qui me les prêtera ?... Je n'ai rien... ma mère n'avait rien! Sur quoi emprunter ?... Toi, tu te maries... ton contrat est arrête'... ta fortune déclare'e... Tu ne peux y toucher sans indélicatesse... sans manquer à ton fiance' !
JEANNE
Mais... Si j'en parlais à Robert?