‹ Theatre complet. --Chapitre 79 sur 318 · FF. COMTE · texte numérisé non relu

FF. COMTE

Madame?

LA COMTESSE

Sur (in. '1 lnii--.Mii d'épines av. '/.-vous donc marché ce mat in?

le comte.

Sur aucun, madame, sur aucun, que je sache.

LA t : . I M 1 F. S S F. .

C'est que vous avez toute la mine, entre mais, de m.) chercher une mauvais..' quecelle.

LE CoMTE.

Moi? Oh I quelle pensée, comtesse! Véritablement:..

non! ('/est qui.1 ce malin, — je vais fort vous surprendre, — le vent souiil.' directement du sud-est... Je ne sais si VOUi l'avez remarque?

LA COMTESSE

Non.

LE COMTE

Non, sans doute, parce que vous èles jeune, comtesse, et parfaitement exempte de ces précoces intirmites qui fonl de nous autres, vieux marins, de misérables baromètres!

LA COMTESSE, IfrM boutt

Ah! pauvre cousin! vraiment vous souffrez?

LE COMTE

Oui, comtesse, je souffre, je suis agace, nerveux, j'ai des douleurs... Les fruits de la guerre, comtesse, les fruits de la guerre !

LA COMTESSE

Enfin, Dieu merci, avec un vieux marin de trente ans comme vous, il y a de la ressource, et à force de tendres soins, d'attentions soutenues, en vous mettant dans du coton, nous vous verrons bientôt refleurir comme un printemps... Et, dites-moi, cousin, à quoi pensiez-vous là tout seul en m'attendant?

LE COMTE

Moi? A rien, madame.

LA COMTESSE

A rien? Ah! décidément, ce vent du sud-est souffle terriblement fort... Voyons, cher comte, de bonne foi, qu'y a-t-il"? car je ne me paie pas de tous ces pre'textes. Vous avez sur l'esprit quelque chose qui vous tourmente et que vous ne voulez pas me dire, et puisque nous en sommes là, savez-vous, cousin, que plus d'une fois depuis votre arrive'e, vos rêveries, votre distraction, auraient éveillé dans mon esprit, si vous étiez un homme dont je fusse moins sûre, de fâcheux soupçons?

LE COMTE, inquiet.

Et... quels soupçons, comtesse?

LA COMTESSE, jouant de 1 éventail.

Mais j'aurais pu craindre, par exemple, qu'en me revoyant après un si long intervalle vous n'éprouvassiez quelque déception, que le temps et le chagrin n'eussent flétri chez moi ces faibles avantages, ce semblant de beauté, qui autrefois avaient paru vous... intéresser.

LE COMTE

Ah! grand Dieu, comtesse! mais vous êtes plus belle,

plus enchanteresse que jamais... malheureusement !

LA COMTESSE

El pourquoi malheureusement?

LE COMTE

Parce que... parce que... je crains de n'être plus digne de vous... Oui, j'aime mieux vous le dire, comtesse, voilà ce qui me tourmente. J'ai peur, et à bien plus juste titre que vous, de vous préparer des désillusions, des désenchantements; j'ai peur que vous ne retrouviez plus en moi exactement l'espèce d'homme que vous avez aime' jadis, car depuis notre séparation je ne suis pas sans avoir subi quelques métamorphoses.

LA COMTESSE

Ah! que je vous reconnais bien là! Vous avez toujours été, mon pauvre cousin, un raffiné de délicatesse et de loyauté, — et ces scrupules excessifs m'attachent à vous avec une force nouvelle... Mais, voyons, pour vous mettre la conscience en repos, faites-moi votre confession, ditesmoi quelles sont ces métamorphoses redoutables auxquelles je dois m'attendre... Quelques petits défauts bien insignifiants, j'en suis sûre!

LE COMTE

Mais non, comtesse, mais non... pas si insignifiants... Il y en a dans le nombre qui ont leur poids !

Enfin, dites!

LE COMTE

Eh bien! comtesse... il faut que vous sachiez que le malheur m'a aigri... Le malheur m'a beaucoup aigri... iv. G.

Hi2 LES PORTRAITS DE LA MARQUISE

LA COMTESSE

Le bonheur vous adoucira.

LE COMTE

Sans doute... mais j'ai de plus contracte', dans ma profession, des habitudes de commandement un peu rudes...

LA COMTESSE

Je suis décidée à prévenir tous vos désirs : ainsi vous n'aurez pas besoin de commander.

LE COMTE, .«'inoihiant à chaque réponse de la fo:nle-?e.

Et puis... faut-il vous l'avouer?... je sens que je serai jaloux, très jaloux!

LA COMTESSE

Mais je l'espère bien... aime-t-on sans cela?... et ensuite?

LE COMTE

Ensuite... mais c'est à peiné si j'ose vous parler, comtesse, d'une manie grossière, révoltante, que j'ai prise à bord, et dont je crains de ne pouvoir me défaire.

LA COMTESSE

Mon Dieu! quoi donc?

LE COMTE, titnldement.

Comtesse... je fume!

LA COMTESSE

Gomme Jean-Bart... Ah! quelle originalité! Eh bien! cela se trouve cà merveille... je n'aime rien tantque l'odeur du tabac... vous pouvez le demander à mon Suisse;... je le lui disais encore ce matin (il avait retiré sa pipe par respect, comme je passais), et je lui ai dit : « Mais fume donc, fume donc, mon ami, Je t'en prie... J'aime cette odeur... elle me charme... elle me fait songer aux navigateurs! »

PU KM IKK TABLE Ail lu:i

LE COMTE, a part

C'esl un ange !

LA COMTESSE

Est-ce t<»uf? ne vous reste-t-ij rien à me dire? ].!■: COMTE,

Rien, comtesse, rien!... il ne me reste qu*à me prosterner dans la poussière de vus pas... à vous dire que je suis un malheureux indigne de toucher une seule plume de vos aile-!

Il fléchit le genou devant la comtesse; Li-elte entre au fon.l. l'aperçoit rlans c 'tt'- posture, el fait un geste de surprise.

LA COMTESSE

Relevez-vous... vous êtes un grand niais, (m <e lève.) Et maintenant voulez-vous, pour achever de vous remettre, que nous fassions ensemble une 'promenade avant dîner maigre le veuf du sud-est?... Nous essaierons mon nouvel

Comtesse!

LA COMTESSE

Je vais m'armer en course, et je reviens vous prendre... Tu nous accompagneras, Lisette.

LISETTE

Bien, madame.

LA COMTESSE

A bientôt, cousin.

LE COMTE

A bientôt, cousine.

La èètriteasé sort à pauche.

Page 1