ACTE III, SCÈNE IX
ORCIEU.
Vous n'avez pas brisé votre vie sans preuves ! {A Raguais.) Vous n'avez pas laissé votre femme vous répudier sans preuves! (A ^f»* d'Ordeu.) Et vous, qui n'avez pas bondi sous l'injure, qui courbez le front, c'est par les preuves que vous êtes accablée !
MADAME DORCIEU.
Pitié!
ORCIEU. dans un transport de colère.
Tu avoues, misérable!... {Avec un immense désespoir.) Oh!... (}favchani sur Raguais.) Quant à VOUs!...
MADAME DORCIEU, se jetant entre les deux hommes, aux genoux de son mari.
Arrêtez !
ORCIEU, la repoussant.
Arrière !
MADAME DORCIEU, le retenant encore.
Grâce pour André, qui attend son destin !
ORCIEU, saisi par celle idée, après un grand efj'ort.
Mon fils!
RAGUAIS, à sa femme.
Qu'avez-vous fait!
Une chose terrible! Oui! comme le mal qu'on me faisait!
LA LOI DE L HOMME
ORCIEU.
Mon fils ! j 'avais oublié ! . . . C'est juste ! Les innocents ne peuvent payer pour les coupables. L'amour de ces enfants, c'est moi, dans mon inconscience, qui l'ai fortifié ; vis-à-vis d'eux, je suis responsable !
MADAME DORCIEU.
Pardon, au nom de notre fils!
ORCIEU, à sa femme, avec inquiétude.
Relevez-vous! 11 pourrait vous apercevoir dans cette dégradation!... Maintenant, apprenons à nous regarder tous les quatre, face à face... Il ne m'est pas permis de condamner mon enfant au désespoir. (A Laure.) Et qui sait s'il n'associerait pas étrangement ma rigueur subite à votre opposition... inexplicable? Non, je ne veux pas qu'il cherche, qu il imagine... et que peut-être il trouve ! . . .
LAURE, avec stupeur.
Où voulez-vous en venir ?
ORCIEU.
Nous sommes réduits à nous cacher derrière des apparences. Si le monde a fait des suppositions trop probables, hélas ! contre mon honneur, j'ai besoin de les confondre, de les égarer... môme par un défi ! Ce mariage, coûte que coûte, il faut qu'il se fasse.