‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 191 sur 566 · ACTE n, SCÈ?iE H · texte numérisé non relu

ACTE n, SCÈ?iE H

Vous verrons-nous toujours trembler sous sa tutelle? Vivez , régnez pour vous : c'est trop régner pour elle. Craignez-vous? Mais, seigneur, vous ne la craignez pas : Vous venez de bannir le superbe Pallas , Pallas dont vous savez qu'elle soutient l'audace.

NÉRON

Éloigné de ses yeux , j'ordonne , je menace , ' J'écoute vos conseils , j'ose les approuver. Je m'excite contre elle , et tâche à la braver : Mais , je t'expose ici mon àme toute nue , Sitôt que mon malheur me ramène à sa vue, Soit que je n'ose encor démentir le pouvoir De ces yeux où j'ai lu si longtemps mon devoir, Soit qu'à tant de bienfaits ma mémoire fidèle Lui soumette en secret tout ce que je tiens d'elle ; Mais enfin mes efforts ne me servent de rien : Mon génie étonné tremble devant le sien. Et c'est pour m'affrancliir de cette dépendance Que je la fuis partout , que môme je l'offense , Et que de temps en temps j'irrite ses ennuis , Afin (ju'elle m'évite autant que je la fuis. Mais je t'arrête trop : retire-toi , Narcisse ; Britannicus pourrait t'accuser d'artiiice.

NARCISSE

Non, non-, Britannicus s'abandonne à ma foi.

Par son ordre , seigneur, il croit que je vous voi ,

Que je m'informe ici de tout ce qui le touche ,

Et veut de vos secrets être instruit par ma bouche

Impatient surtout de revoir ses amours,

Il attend de mes soins ce fidèle secours. .,„ ,.,..,„, , , ., „.

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J'y consens ; porte-lui cette douce nouvelle :

n la verra. narcisse. "•■1^""'^ ^<i iil-eii:fiôoa eit M

Seigneur, bannissez-le loin d'elle.'"' ^' """- «■'""' "r.U

NÉRON

J'ai mes raisons, Narcisse; et tu peux concevoi'' Que je lui vendrai cher le plaisir de la voir. Cependant vante-lui ton heureux stratagème ; Dis-lui qu'en sa faveur on me trompe moi-même , Qu'il la voit sans mon ordre. On ouvre ; la voici. Va retrouver ton maître , et l'amener ici.

230 BR1T.OSI(IUSLTOA

^'ous vous troublez , madame , et changez de visage j . . ^ „: Lisez- vous dans mes yeux quelque triste présage? -j-ufeèbeoV

JUNIE

Seigneur, je ne vous puis déguiser mon erreur ; J'allais voir Octavie, et non pas l'empereur.

• ' ■• ■ NÉRON. ■ '

Je le sais bien , madame , et n'ai pu sans euvic

Apprendre vos bontés pour l'heureuse Octavie. ■-> rùs'/ 9|,îa

JUNIE

Vous, seigneur? !"

NKRON. '

Pensez-vous , madame , qu'en ces lieux Seule pour vous connaître Octavie ait des yeux ?

JUNIE

Et quel autre , seigneur, voulez-vous que j'implore ?

A qui demanderai-je un crime que j'ignore ?

Vous qui le punissez , vous ne l'ignorez pas : > tsT loup ]3.

De grâce, apprenez-moi , seigneur, mes attentats.

NÉRON

Quoi , madame ! est-ce donc une légère offense

De m'avoir si longtemps caclié votre présence ? 1

Ces trésors dont le ciel voulut vous embellir,

Les avcz-vous reçus pour les ensevelir ?

L'heureux Britannicus verra-t-il sans alarmes

Croître , loin de nos yeux , son amour et vos charmes?

Pourquoi , de cette gloire exclu jusqu'à ce jour,

M'avez-vous , sans pitié , relégué dans ma cour?

On dit plus ; vous souffrez , sans en être offensée ,

Qu'il vous ose , madame , expliquer sa pensée -.

Car je ne croirai point que sans me consulter

La sévère Junie ait voulu le flatter.

Ni qu'elle ait consenti d'aimer et d'être aimée ,

Sans que j'en sois instruit que par la renommée.

JUNIE

Je ne vous nierai point, seigneur, que ses soupirs M'ont daigné quelquefois expliquer ses désirs

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