‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 269 sur 566 · ACTE I , SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE I

Crois-tu qu'ils me suivraient encore avec plaisir, Et qu'ils reconnaîtraient la voix de leur vi/ir?

OSMIN

Le succès du combat réglera leur conduite :

Il faut voir du sultan la victoire ou la fuite.

Quoiqu'à regret, seigneur, ils marchent sous ses lois ,

Ils ont à soutenir le bruit de leurs exftloits :

Ils ne trahiront point l'honneur de tant d'années.

Mais enfin le succès dépend des destinées.

Si l'heureux Amurat , secondant leur grand cœur,

Aux champs de Babylone est déclaré vainqueur,

^'ous les verrez soumis rapporter dans Byzànce

L'exemple d'une aveugle et Imsse obéissance :

Mais si dans le combat le destin plus puissant

Marque de quelque affront son empire naissant .

S'il fuit , ne doutez point que , fiers de sa disgrâce ,

A la haine bientôt ils ne joignent l'audace ,

Et n'expliquent , seigneur, la perte du combat

Comme un arrêt du ciel qui réprouve Amnrat.

Cependant, s'il en faut croire la renommée, .• t

Il^a depuis trois mois fait partir de l'armée

Un esclave chargé de quelque ordre secret.

Tout le camp interdit tremblait pour Bajazet :

On craignait qu'Amurat, par un ordre sévère,

N'envoyât demander la tôte de son frère.

ACOMAT

Tel était son dessein. Cet esclave est venu : Il a montré son ordre , et n'a rien obtenu.

OSMlN.

Quoi, seigneur! le sultan reverra son visage. Sans que de vos respects il lui porte ce gage?

Cet esclave n'est plus -. un ordre, cl^er Osmin , L'a fait précipiter dans le fond de l'Euxin.

OSMlN.

Mais le sultan, surpris d'une trop longue absence.

En cherchera bientôt la cause et la vengeance.

Que lui répondrez-vous ? i

ACOMAT

Peut-être avant ce temps Je saurû l'occuper de soins plus importants.

332 BAJAZET

Je sais bien qu'Amurat a juré ma ruine :

Je sais à son retour l'accueil qu'il me destine.

Tu vois, pour m'arr-acher du cœur de ses soldats ,

Qu'il va chercher sans moi les sièges , les combats ;

11 commande l'armée ; et moi , dans une viHe ,

Il me laisse exercer un pouvoir inutile.

Quel emploi , quel séjour, Osmin , pour un vizir !

Mais j'ai plus dignement employé ce loisir :

J'ai su lui préparer des craintes et des veilles ;

Et le bruit en ira bientôt à ses oreilles.

OSMIN

Quoi donc? qu'avez-vous fait?

J'espère qu'aujourd'hui Bajazet se déclare , et Roxane avec lui.

OSMIN

Quoi ! Roxane , seigneur, qu'Amurat a choisie Entre tant de beautés dont l'Europe et l'Asie Dépeuplent leurs États et remplissent sa cour? Car on dit qu'elle seule a fixé son amour; Et même il a voulu que l'heureuse Roxane , Avant qu'elle eût un fils, prît le nom de sultane.

ACOMAT

Il a fait plus pour elle , Osmin : il a voulu

Qu'elle eût dans son absence un pouvoir absolu.

Tu sais de nos sultans les rigueurs ordinaire&ijt Ir siià-

Le frère rarement laisse jouir ses frères i''U h i'. <^

De l'honneur dangereux d'être sortis d'un sang

Qui les a de trop près approchés de son rang^

L'imbécile Ibrahim , sans craindre sa naissance,

Traîne , exempt de péril , une éternelle enfance :

Indigne également de vivre et de mourir,

On l'abandonne aux mains qui daignent le nourrir.

L'autre, trop redoutable, et trop digne d'envie ,

Voit sans cesse Amurat armé contre sa vie.

Car enfin Bajazet dédaigna de tout temps

La molle oisiveté des enfants des sultans »

n vint chercher la guerre au sortir de l'enfance.

Et même en fit sous moi la noble expérience.

Toi-même tu l'as vu courir dans les combats ,

Emporter après lui tous les cœurs des soldats,

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