ACTE II, SCÈNE VI
Cet ordre, ce discours que je ne puis comprendre ? Serait-il vrai , grands dieux ! que trop aimé de vous, Phamace eût en effet mérité ce courroux ? Phamace aurait-il part à ce désordre extrême ?
MONIME
Phamace? 6 ciel ! Pharnace ! Ah ! qu'entends-je moi-même ?
Ce n'est donc pas assez que ce funeste jour
A tout ce que j'aimais m'arrache sans retour,
Et que , de mon devoir esclave infortunée ,
A d'éternels ennuis je me voie enchaînée ;
Il faut qu'on joigne encor l'outrage à mes douleurs ;
A l'amour de Pharnace on impute mes pleurs ;
Malgré toute ma haine on veut qu'il m'ait su plaire.
Je le pardonne au roi , qu'aveugle sa colère ,
Et qui de mes secrets ne peut être éclairci :
Mais vous, seigneur, mais vous , me traitez- vous ainsi?
xrPHARÈS.
Ah ! madame , excusw un amant qui s'égare ,
Qui lui-même , lié par un devoir barbare ,
Se voit près de tout perdre , et n'ose se venger.
Mais des fureurs du roi que puis-je enfin juger ?
Il se plaint qu'à ses vœux un autre amour s'oppose :
Quel heureux criminel en peut être la cause ?
Qui? Parlez.
MOSIME.
Vous cherchez, prince, à vous tourmenter. Plaignez votre malheur, sans vouloir l'augmenter.
XIPHARÈS
Je sais trop quel tourment je m'apprête moi-même. C'est peu de voir un père épouser ce que j'aime •, Voir encore un rival honoré de vos pleurs , Sans doute c'est pour moi le comble des malheurs ; Mais dans mon désespoir je cherche à les accroître. Madame , par pitié, faites-le-moi connottre : Quel est-il cet amant? qui dois-je soupçonner?
MONIME
Avez-vous tant de peine à vous l'imaginer? Tantôt, quand je fuyais une injuste contrainte , A qui contre Pharnace ai-je adressé ma plainte? Sous quel a[<pul tantôt mon cœur s'est-il jeté? Quel amour ai-je enfin sans colère écouté?
408 MITHRIDATE
XIPIIARÈS.
O ciel! quoi! je serais ce bienheureux coupable Que vous avez pu voir d'im regard favorable? Vos pleurs pour Xipharès auraient daigné couler ?
HONIUE.
Oui, prince^: il n'est plus temps de le dissimuler;
Ma douleur pour se taire a trop de violence .
tin rigoureux devoir me condamne au silence ;
Mais il faut bien enfin, malgré ses dures lois ,
Parler pour la première et la dernière fois.
Vous m'aimez dès longtemps : une égale tendresse
Pour vous depuis longtemps m'afflige et m'intéresse.
Songez depuis quel jour ces funestes appas
Firent naître un amour qu'ils ne méritaient pas;
Rappelez un espoir qui ne vous dura guère ,
Le trouble oii vous jeta l'amour de votre père ,
Le tourment de me perdre et de le voir heureux .
Les rigueurs d'un devoir contraire à tous vos vœuv :.
Vous n'en sauriez , seigneur, retracer la mémoire ,
Ni conter vos malheurs, sans conter mon histoire ;
Et , lorsque ce matin j'en écoutais le cours ,
Mon cœur vous répondait tous vos mêmes discours.
Inutile, ou plutôt funeste sympathie !
Trop parfaite union par le sort démentie !
Ah ! par quel soin cruel le ciel avait-il joint
Deux coeurs que l'un pour l'autre il ne destinait point !
Car, quel que soit vers vous le penchant qui m'attire ,
Je vous le dis , seigneur, pour ne plus vous le dire ,
Ma gloire me rappelle, et m'entraîne à l'autel ,
Où je vais vous jurer un silence éternel.
J'entends , vous gémissez -. mais telle est ma misère ,
Je ne suis point à vous, je suis à votre père.
Dans ce dessein vous-môrae il faut me soutenir,
Et de mon faible cœur m'aider à vous bannir -.
J'attends du moins, j'attends de votre complaisance
Que désormais partout vous fuirez ma présence.
J'en viens de dire assez pour vous persuader
Que j'ai trop de raisons de vous le commander.
Mais après ce moment, si ce cœur magnanime
D'un véritable amour a brûlé pour Mouime,
Je ne reconnais plus la foi de vos discours ,