‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 338 sur 566 · ACTE m, SCÈ.VE I. ni · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈ.VE I. ni

Des biens des nations ravisseurs altérés , Le bruit de nos trésors les a tous attirés ; Ils y courent en foule , et , jaloux l'un de l'autre', Désertent leur pays pour inonder le nôtre. Moi seul je leur résiste : ou lassés , ou soumis , Ma funeste amitié pèse à tous mes amis; Chacun à ce fardeau veut dérober sa tête. Le grand nom de Pompée assure sa conquête : Cest l'effroi de l'Asie ; et , loin de l'y chercher,

Cest à Rome , mes fds , que je prétends marcher^-

Ce dessein vous surprend ; et vous croyez peut-être Que le seul désespoir aujourd'hui le fait naître. J'excuse votre erreur ; et, pour être approuvés. De semblables projets veulent être achevés. Ne vous figurez point que de cette contrée Par d'étemels remparts Rome soit séparée : Je sais tous les chemins par où je dois passer; Et , si la mort bientôt ne" me vient traverser, Sans reculer plus loin l'effet de ma parole , Je vous rends dans trois mois au pied du Capitale Doutez-vous que l'Euxin ne me porte en deux jmirs Aux lieux où le Danube y vient finir son cours ? Que du Scythe avec moi l'alliance jurée De l'Europe en ces lieux ne me livre l'entrée ? Recueilli dans leurs ports , accru de leurs soldais , Nous verrons notre camp grossir à chaque pas. Daces , Pannoniens , la fière Germanie, Tous n'attendent qu'un chef contre la tyrannie : Vous avez vu l'Espagne , et surtout les Gaulois , Contre ces mêmes murs qu'ils ont pris autrefois Exciter ma vengeance , et , jusque dans la Grèce . Par des ambassadeurs accuser ma paresse : Ils savent que , sur eux prêt à se déborder, Ce torrent, s'il m'entraîne , ira tout inonder ; Et vous les verrez tous, prévenant son ravage, Guider dans l'Italie et suivre mon passage.

C'est là qu'en arrivant, plus qu'en tout le chemin , Vous trouverez partout l'horreur du nom romain , Et la triste Italie encor toute fumante Des feux qu'a rallumés «a liberté mourante. Non , princes . ce n'est point au bout de l'uni vci*

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Que Rome fait sentir tout le poids de ses fers : H-» tswffn/

Et, de près inspirant les haines les plus fortes,

Tes plus grands ennemis , Rome , sont à tes portes.

Ah ! s'ils ont pu choisir pour leur libérateur

Spartacus , un esclave , un vil gladiateur ;

S'ils suivent au combat des brigands qui les vengent;

De quelle noble ardeur pensez- vous qu'ils se rangent

Sous les drapeaux d'un roi longtemps victorieux ,

Qui voit jusqu'à Cyrus remonter ses aïeux?

Que dis-je? en quel état croyez- vous la surprendi'e?

Vide de légions qui la puissent défendre,

Tandis que tout s'occupe à me persécuter.

Leurs femmes , leurs enfants pourront-ils ra'arrôter ? Marchons, et dans son sein rejetons cette guerre

Que sa fureur envoie aux deux bouts de la terre ;

Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers;

Qu'ils tremblent à leur tour pour leurs propres foyers.

Annibal l'a prédit , croyons-en ce grand homme :

Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome. Noyons-la dans son sang justement répandu -.

Brûlons ce Capitule où j'étais attendu : Détruisons ses honneurs , et faisons disparaître La honte de cent rois , et la mienne peut-être ; Et, la flamme à la main, effaçons tous ces noms Que Rome y consacrait à d'éternels affronts. Voilà l'ambition dont mon âme est saisie. Ne croyez point pourtaat qu'éloigné de l'Asie J'en laisse les Romains tranquilles possesseurs -. Je sais où je lui dois trouver des défenseurs ; Je veux que , d'ennemis partout enveloppée , Rome rappelle en vain le secours de Pompée. Le Parthe , des Romains comme moi la terreur. Consent de succéder à ma juste fureur ; Près d'unir avec moi sa haine et sa famille , Il me demande un fils pour époux à sa fiUe. Cet honneur vous regarde , et j'ai fait choix de vous , Pharnace : allez , soyez ce bienheureux époux. Demain , sans différer, je prétends que l'aurore Découvre mes vaisseaux déjà loin du Bosphore : Vous , que rien n'y retient, partez dès ce moment . Et méritez mon choix loar votre eraprossement ;

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