‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 339 sur 566 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Afhevez cet hymen ; et , repassant TEuplirate , Faites voir à l'Asie un autre Milhridate. Que nos tyrans communs en pâlissent d'effroi; Et que le bruit à Rome en vienne jusqu'à moi.

Pn\K.NACE.

Seigneur, je ne vous puis déguiser ma surprise. J'écoute avec transport cette grande entreprise; Je l'admire; et jamais un plus hardi dessein Ne mit à des vaincus les armes à la main : Surtout j'admire en vous ce cœur infatigable Qui semble s'affermir sous le faix qui l'acxable. Mais , si j'ose parler avec sincérité , En êtes-vous réduit à cette extrémité ? Pourquoi tenter si loin des courses inutiles , Quand vos États encor vous offrent tant d'asiles ? Et vouloir affronter des travaux infinis, Dignes plutôt d'un chef de malheureux bannis , Que d'un roi qui naguère avec quelque apparence De l'aurore au couchant portait son espérance , Fondait sur trente États son trône florissant, Dont le débris est môme un empire puissant? Vous seul , seigneur, vous seul , après quarante années , Pouvez encor lutter contre les destinées. Implacable ennemi de Rome et du repos , Comptez-vous vos soldats pour autant de héros ? Pensez- vous que ces cœurs , tremblants de leur défaite , Fatigués d'une longue et pénible retraite , Cherchent avidement sous un ciel étranger La mort , et le travail pire que le danger ? Vaincus plus d'une fois aux yeux de la patrie , Soutiendront-ils ailleurs un vainqueur en furie ? Sera-t-il moins terrible, et le vaincront-ils mieux , Dans le sein de sa ville , à l'aspect de ses dieux ?

i,e Parthe vous recherche, et vous demande un gendre Mais ce Parthe , seigneur, ardent à nous défendre Lorsque tout l'univers semblait nous protéger, D'un gendre sans appui voudra-t il se charger.» M'en irai-je> moi seul, rebut de la fortune. Essuyer l'inconstance au Parthe si commune , Et peut-être, pour fruit d'un téméraire amour. Exposer votre nom au mépris de sa eour?

414 MITIIRIDATE.

Du moins s'il faut céder, si, contre notre usage, . . ,

Il faut d'un suppliant emprunter le visage ,

Sans m'envoyer du Partlie embrasser les genoux ,

Sans vous-même implorer des rois moindres que vous ,

Ne pourrions-nous pas prendre une plus sûre voie?

Jetons-nous dans les bras qu'on nous tend avec joie -.

Rome en votre faveur, facile à s'apaiser...

XIPHAUÈS. , ,

Rome, mon frère! 0 ciel! qu'oser- vous proposer? Vous voulez que le roi s'abaisse et s'humilie .' Qu'il démente en un jour tout le cours de sa vie? Qu'il se fie aux Romains , et subisse des lois Dont il a quarante ans défendu tous les rois ?

Continuez , seigneur. Tout vaincu que vous êtes , La guerre , les périls sont vos seules retraites. Rome poursuit en vous un ennemi fatal Plus c njuré contre elle et plus craint qu'Aunibal. Tout couvert de son sang, quoi que vous puissiez faire, N'en attendez Jamais qu'une paix sanguinaire , Telle qu'en un seul jour un ordre de vos mains La donna dans l'Aàe à cent mille Romains.

Toutefois épargnez votre tête sacrée :

Vous-même n'allez point de contrée en contrée Montrer aux nations Mithridate détruit, Et de votre grand nom diminuer le bruit. Votre vengeance est juste; il la faut entreprendre : Brûlez le Capitole , et mettez Rome en cendre. Mais c'est assez pour vous d'en ouvrir les chemins : Faites porter ce feu par de plus jeunes mains; Et , tandis que l'Asie occupera Pharnace , De cette autre entreprise honorez mon audace. Commandez : laissez-nous , de votre nom suivis , Justifier partout que nous sommes vos fils. Embrasez par nos mains le couchant et l'aurore ; Remplissez l'univers , sans sortir du Bosphore : Que les Romains, pressés de l'un à l'autre bout, Doutent où vous serez , et vous trouvent partout.

Dès ce même moment ordonnez que je parte. Ici tout vous retient ; et moi , tout m'en écarté ': ' ' '' Et, si ce grand dessein surpasse ma valeur, Du moins ce désespoir convient à mon malheur.

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