‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 433 sur 566 · ACTE m, SCE-NE 1. à · texte numérisé non relu

ACTE m, SCE-NE 1. à

Je l'ai rendue horrible à ses yeux ialminiiiis ; Et ce fer malheureux profanerait ses mains.

OENONE

Ainsi, dans vos malheurs ne songeant qu'à vjjs plaLidre , Vous nourrissez un feu qu'il vous faudrait éteindre. Ke vaudrait-il pas mieux , digne sang de Minos , Dans de plus nobles soins chercher votre repos , Contre un ingrat qui plaît recourir à la fuite , Régner, et de l'État embrasser la conduite.'

lUkDKE.

Moi , régner ! moi , ranger un £tat sous ma loi , Quand ma faible raison ne règne plus sur moi 1 Lorsque j'ai de mes sens abandonné l'empire ! Quand sous un joug honteux à peine je respire ! Quand je me meurs 1

OEKONE.

Fuyez. ,..: -t,,- \ y^jor

PHÈDKE. '__

Je ne le puis quitter.

OEISONE.

Vous l'osâtes bannir, vous n'osez l'éviter ?

PHÈDRE. '

Il n'est plus temps : il sait mes ardeurs insensées. De l'austère pudeur les bornes sont passées -. J'ai déclaré ma honte aux yeux de mon vainqueur-, Et l'espoir malgré moi s'est glissé dans mon cœur. Toi-même , rappelant ma force défaillante , Et mon âme déjà sur mes lèvres errante , Par tes conseils flatteurs tu m'as su ranimer : Tu m'as fait entrevoir que je pouvais l'aimer.

OEKO.NE.

Hélas ! de vos malheurs innocente ou coupable , De quoi pour vous sauver n'étais-je point capable .* Mais si jamais l'offense irrita vos esprits , Pouvez-vous d'un superbe oubher les mépris? Avec quels yeux cruels sa rigueur obstinée Vous laissait à ses pieds peu s'en faut prosternée I Que son farouche orgueil le rendait odieux 1 Que Phèdre eu ce moment n'avait-elle mes yeux 1

PUÈDIIE.

Œuone, il peut quitter cet orgueil qui te blesse^^. ^^^,, .^..

526 PllÈDRli.

Xourri dans les forêts , il en a la nidesse. -i^-iw»??

Hippolyte , endurci par de sauvages lois , Entend parler d'amour pour la première fois •• Peut-être sa surprise a causé son silence ; Et nos plaintes peut-être ont trjp de violence.

OENONE

Songez qu'une barbare eu son sein l'a formé.

PHÈDRE

Quoique Scythe et barbare , elle a pourtant aimé.

OENOSE.

Il a pour tout le se\e une haine fatale.

PUÈDKE.

Je ne me verrai point préférer de rivale.

Enfin tous tes conseils ne sont plus de saison -.

Sers ma fureur, Œnone, et non point ma raison.

Il oppose à l'amour un cœur inacessible :

Cherchons pour l'attaquer quelque endroit plus sensible.

Les charmes d'un empire ont paru le toucher ;

Athènes l'attirait , Q n'a pu s'en cacher ;

Déjà de ses vaisseaux la pointe était tournée ,

Et la voile flottait , aux vents abandonnée.

Va trouver de ma part ce jeune ambitieux ,

Œnone ; fais briller la couronne à ses yeux ;

Qu'il mette sur son front le sacré diadème :

Je ne veux que l'honneur de l'attacher moi-même.

Cédons-lui ce pouvoir que je ne puis garder.

Il instruira mon fils dans l'art de commander ;

Peut-être il voudra bien lui tenir lieu de père ••

Je mets sous son pouvoir et le fils et la mère.

Pour le fléchir enfin tente tous les moyens ;

Tes discours trouveront plus d'accès que les micas :

Presse , pleure , gémis ; peins-lui Phèdre mourante ;

Ne rougis point de prendre une voix supphante :

Je t'avouerai de tout; je n'espère qu'en toi.

Va : j'attends ton retour pour disposer de moi.

Page 1