ACTE I, SCENE IV
Cleante.
Quoy, mon père ?
Harpagon.
Là...
' Elise Quoy?
Harpagon.
Ce que je viens de dire.
Cleante.
Non.
Harpagon.
Si-fait, si- fait.
Elise.
Pardonnez-moy.
Harpagon.
Je voy bien que vous en avez oûy quelques mots. C'est que je m'entretenois en moy-mesme de la peine qu'il y a aujourd'huy à trouver de l'argent, et je disois qu'il est bien heureux qui peut avoir dix mille escus chez soy.
Cleante.
Nous feignions à vous aborder de peur de vous interrompre.
Je suis bien aise de vous dire cela, afin que vous n'alliez pas prendre les choses de travers et vous imaginer que je dise que c'est moy qui ay dix mille escus.
Cleante.
Nous n'entrons point dans vos affaires.
Harpagon.
Plût à Dieu que je les eusse, dix mille escus!
ao L'AVARE.
Cleante.
Je ne croy pas. . .
Harpagon.
Ce seroit une bonne affaire pour moy.
Elise.
Ce sont des choses...
Harpagon.
J'en aurois bon besoin.
Cleante.
Je pense que...
Harpagon.
^Cela m'accommoderoit fort.
Elise.
Vous estes...
Harpagon.
Et je ne me plaindrois pas, comme je fais, que le temps est misérable.
Mon Dieu, mon père, vous n'avez pas lieu de vous plaindre, et Ton sçait que vous avez assez de bien.
Harpagon.
Comment! j'ay assez de bien? Ceux qui le disent en ont menty. Il n'y a rien de plus faux, et ce sont des coquins qui font courir tous ces bruits-là. Elise.
Ne vous mettez point en colère.
Harpagon.
Cela est étrange que mes propres enfans me trahissent et deviennent mes ennemis 1