‹ Théâtre complet, publChapitre 183 sur 191 · ACTE V, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE I

Une avanture merveilleuse où personne ne s'attendoit.

Eriphile.

Dy-moy viste ce que c'est.

Clitidas.

Cela ne troublera-t-il point , Madame , vostre sombre mélancolie?

Eriphile.

Ah ! parle promptement.

Clitidas.

J'ay donc à vous dire, Madame, que la princesse vostre mère passoit presque seule dans la forest, par ces petites routes qui sont si agréables, lors qu'un sanglier hideux (ces vilains sangliers-là font toujours du desordre, et Ton devroit les bannir des forests bien policées), lors, dy-je, qu'un sanglier hideux, poussé, je croy, par des chasseurs, est venu traverser la route où nous estions. Je devrois vous faire peut-estre , pour orner mon récit, une description étendue du sanglier dont je parle, mais vous vous en passerez, s'il vous plaist, et je me contenteray de vous dire que c'estoit un fort vilain animal. Il passoit son chemin, et il estoit bon de ne luy rien dire , de ne point chercher de noise avec luy; mais la princesse a voulu égayer sa dextérité, et de son dard, qu'elle luy a lancé un peu mal à propos, ne luy en déplaise, luy a fait au dessus de l'oreille une assez petite blessure. Le sanglier, mal-moriginé , s'est impertinemment détourné contre nous : nous estions là deux ou trois misérables qui avons pâly de frayeur ; chacun ga-

gnoit son arbre, et la princesse , sans défence, de-

meuroit exposée à la furie de la beste , lors que

Sostrate a paru, comme si les dieux l'eussent envoyé.

Eriphile.

Hé bien, Clitidas?

Clitidas.

Si mon récit vous ennuyé , Madame , je remettray le reste à une autre fois.

Eriphile.

Achevé promptement.

Clitidas.

Ma foy, c'est promptement, de vray, que j'acheveray, car un peu de poltronnerie m'a empesché de voir tout le détail de ce combat ; et tout ce que je puis vous dire, c'est que, retournant sur la place, nous avons veu le sanglier mort, tout veautré dans son sang, et la princesse, pleine de joye, nommant Sostrate son libérateur et l'époux digne et fortuné que les dieux luy marquoient pour vous. A ces paroles, j'ay creu que j'en avois assez entendu, et je me suis hasté de vous en venir, avant tous, appprter la nouvelle.

Eriphile.

Ah ! Clitidas, pouvois-tu m'en donner une qui me pust estre plus agréable ?

Clitidas.

Voila qu'on vient vous trouver.

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