SCENE III
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC {il se tourne du costé d'où il vient, comme parlant à des gens qui le suivent), SBRIGANI.
Hé bien, quoy ? qu'est-ce ? qu'y a-t-il ? Au diantre soit la sotte ville et les sottes gens qui y sont ! Ne pouvoir faire un pas sans trouver des nigauds qui vous regardent et se mettent à rire ! Eh! Messieurs les badauts, faites vos affaires, et laissez passer les personnes sans leur rire au nez. Je me donne au diable si je ne baille un coup de poing au premier que je verray rire.
Sbrigani.
Qu'est-ce que c'est, Messieurs? que veut dire cela ? à qui en avez-vous? Faut-il se moquer ainsi des honnestes étrangers qui arrivent icy ?
Monsieur de Pourceaugnac.
Voila un homme raisonnable, celuy-là.
Sbrigani.
Quel procédé est le vostre? et qu'avez-vous à rire?
Monsieur de Pourceaugnac.
Fort bien.
Sbrigani.
Monsieur a-t-il quelque chose de ridicule en soy?
Monsieur de Pourceaugnac.
Oûy.
Sbrigani.
Est-il autrement que les autres?
Monsieur de Pourceaugnac.
Suis-je tortu ou bossu ?
Apprenez à connoistre les gens.
Monsieur de Pourceaugnac.
C'est bien dit.
Sbrigani.
Monsieur est d'une mine à respecter.
Monsieur de Pourceaugnac.
Cela est vray.
Sbrigani.
Personne de condition.
Monsieur de Pourceaugnac.
Oûy, gentilhomme limosin.