‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 113 sur 194 · SCÈNE IV GABY. MARIETFE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV GABY. MARIETFE

GABY, seule

Et dire qu'il y a des gens qui s'imaginent que nous pre»nons des amante pour notre plaisir.

MARIETTE, enlranl

Le bain de Mademoiselle est prêt. Mais que Mademoiselle ne se presse pas; il est très chaud.

GABY Vous aviez encore de la crème d'amandes?

Oui. Mademoiselle pourra recevoir Monsieur; sa pudeur ne court aucun risque. On dirait un bain de lait.

GABY

Bien. Ah! dites donc, Mariette I M. Chavol vient de s'en aller pour toujours. Quand il reviendra cet après-midi, même si je suis là, je n'y serai pas pour lui. Il mérite une petite leçon.

MARIETTE

Mademoiselle est sûre qu'il reviendra?

GABY

Parbleu! S'il avait voulu s'en aller vraiment, il n'aurait pas dit qu'il s'en allait pour toujours; il serait parti sans rien dire.

MARIETTE

Mademoiselle a peut-être tort de croire ça. Depuis la semaine dernière, M. Chavol ne dérage pas. Il en veut beaucoup à Mademoiselle et je ne serais pas étonnée...

GABY

Alors, sérieusement, il irait pxjrter ses chanson» à cette petite Berton dont la voix a l'air d'avoir confit des cornichons?

MARIETTE

Hé, hé..., avec les hommes vexés il faut s'attendre à tout.

GABY

Mais il se fera le plus grand tort.

C'est ça qui lui sera égal s'il est sûr de bien embêter Mademoiselle.

GABY, rêveuse

Vous croyez?

MARIETTE

Ça m'étonne que ça étonne Mademoiselle. Est-ce qu'à sa place nous n'en ferions pas autant?

GABY, toujours rêveuse

Evidemment! {Un temps.) Comment est-elle, sa nouvelle chanson?

MARIETTE

Bien.

GABY Vous croyez à un succès?

MARIETTE Gros.

GABY

Alors, il faut l'empêcher de faire un coup de tête, ce petit; il le regretterait trop par la suite. {Elle s'approche du secrétaire de droite, V ouvre et griffonne rapidement.) Zozo lui portera ce mot pendant que je prendrai mon bain. {Ecrivant.) « Idiot. »

MARIETTE Comme ça, il se reconnaîtra tout de suite.

GABY

N'est-ce pas? {Montrant un petit pouf près du secrétaire.) Assej'ez-vous là, Mariette; il y a certains mots dont je ne suis pas très sûre et sur lesque-ls je tiens à avoir votre impression.

MARIETTE, riant « Impression » me plaît.

GABY

Quand on écrit ime lettre d'amour à un homme qui vous aime, on peut faire des fautes d'orthographe.

MARIETTE

Cest même un charme de plus.

GABY

Mais quand on envoie un mot à un monsieur avec lequel on vient de se disputer, qui a des raisons de vous en vouloir...

MARIETTE Faut pa? gaffer.

GABY Ce serait lui donner des armes contre soi.

MARIETTE

Dans ce cas-là, faire des fautes d'orthographe serait une faute d'orthographe.

GABY

C'est ce que je me dis. (Relisant.) «Idiot » {Ecrivant.) « Attends-moi cet après-midi à 4 h. 1/2 dans notre petit nid. Je te mettrai le nez dans ton pipi ».

MARIETTE, riant Mais ce sont de? vers.

GJKBY Tant pis!

MARIETTE, riant Ça continue.

GABY

Du moment que ça vient en vers, il ne pourra pas douter de ma sincérité. (Ecrivant.) « Avant de reprendre tes pantoufles et de les porter chez la môme Berton...

MARIETTE, Usant par-dessus son épaule Mademoiselle a tort de mettre deux / à pantoufles,

GABY Pourquoi? Une pour chaque pied.

MARIETTE, riant Ce n'est pas une raison.

GABY

Bien, comme vous voudrez, je ne suis pas dure. {Ecrivant.) (( Je te ferai comprendre l'injustice de tes soupçons. »

MARIETTE, même jeu Cédille.

GABY Qu'est-ce que c'est que ça?

MARIETTE

Une sorte de petit hameçon qu'on met sous les c pour les adoucir.

GABY, triomphalement

Comme dans poisson, parbleu! Hameçon, poisson, ça va ensemble! {Mariette rit.) Pourquoi riez-vous?

Mademoiselle est désarmante.

GABY

Tâchez de ne pas faire courir ce bruit-là, ça me ferait du tort. {Continuant à écrire.) « L'injustice de tes soupçons — avec le petit hameçon — qui sont pour moi de v'rilable soufflels. » {Triomphalement.) Ahl cette fois. Vous pouvez être contente. Mariette, je n'ai mis qu'un /.

MARIETTE, riant Ce n'est pas de chance, il en fallait deux.

GABY J'aurais dû m'en douter, il a deux joues. Ce que c'est contrariant, ies mots, tout de même! On dirait des hommes. Il est vrai que ce sont eux qui les ont inventés pour embêter les femmes. {Terminant m lettre.) « Je ne voui

embrasse pas; je vous embrasserai chez nous si vous le méritez et si votre chanson me plaît. N'oubliez surtout pas de l'apporter. » Pourvu qu'il n'ait pas l'idée que je lui cours après à cause de sa chanson I

M-^RÎETTE

Mais non! {A pari.) Chère autruche! {Haut.) Le* hommes sont si fats!

(Cab]) prend une enveloppe, y Introduit la lettre, la ferme et met l'adresse.)

CABY, tout en écrivant

Sonnez, Mariette. (Mariette sonne.) Tout de même, si vous n'aviez pas été là, il n'y avait que demi-mal ; je mettais deux / à pantoufle et un seul à soufflet: c'est entendu; mais comme il fallait trois / pour les deux mots, le compte y était!

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