GABY, MARIETTE
{Pendant ce temps Mariette a ouvert la porte du fond; on aperçoit toute V installation; il ^ a une chaise de chaque côté de la baignoire.)
MARIETTE, après avoir tâté Veau et redescendant sur le seuil de la salle de bairts
Le bain de Mademoiselle est à point. Que Mademoiselle se dépêche! Il ne faut pas faire attendre un bain, même avec une jolie femme.
GABY, finissant de se déshabiller
Quand vous aurez fini de charrier, vous! {Elle entre dans la salle de bains.) Ah ! mettez le paravent en travers, que je puisse sortir de la salle de bains et passer dans ma chambre sans être vue.
MARIETTE, déplaçant le paravent
Faisons l'aiguille! — Là! ça y est! Mademoiselle pwurra regagner son cagibi; la pudeur sera sauve. {Pendant ce petit dialogue, Caby est entrée dans le bain.) L'eau est-elle au gré de Mademoiselle?
GABY Elle est.
MARIETTE
Suffisamment laiteuse?
GABY Le nuage indispensable. {S' étirant et soupirant.) Ah!
MARIETTE, la parodiant
Ah!
GABY C'est bon, ça délasse, on se sent meilleure.
MARIETTE Dame, ça assouplit la peau.
GABY Et puis, ça repose des hommes.
MARIETTE Et ça y prépare.
GABY Vous! — Prenez donc le Figaro.
MARIETTE Où est-il?
GABY
Sur la grande table, et lisez-le-moi. {Mariette prend le Figaro, s'installe sur une chaise près de la baignoire et déplie la première page.) Oh! pas la première page, c'est trop sérieux; la nécrologie.
MARIETTE, stupéfaite Ah! Mademoiselle trouve ça plus gai?
GABY
Non, mais plus amusant. Dans la nécrologie du Figaro^ on trouve toujours le nom de quelqu'un qu'on connaît.
MARIETTE
Très rigolo, en effet. {Elle cherche à la troisième page et tout à coup pousse wi petit cri) Ah!
GABY Qu'est-ce que c'est?
MARIETTE, légèrement troublée Rien, Mademoiselle.
GABY
Montrez donc. {Elle prend le Figaro et regarde.) Tiens, un dessin signé Biroult... cela vous intéresse donc?
MARIETTE Oui... enfin... je le connais un peu, ce Biroult.
GABY Un peu?... Vous paraissez bien émue...
MARIETTE Oh! non, un souvenir! {A ce moment on sonne.)
GABY
Monsieur. Allez ouvrir. {Mariette descend et sort pur la porte de gauche premier plan. Pendant ce temps, Caby prend vicement dans une cantine, qui est à côté de la baignoire, une glace et se met du rouge et de la poudre. Bruit de Voix dans l'antichambre, Mariette rentre vivement.) Hein! Quoi! Ce n'est donc pas Monsieur?
MARIETTE
Non, Mademoiselle, c'est le baron Farin. Encore un /; décidément, c'est le jour.
GABY
Vous lui avez dit que je ne pouvais pas le recevoir?
MARIETTE
Bien sûr. Il m'a répondu qu'il attendrait, qu'il fallait absolument qu'il voie Mademoiselle; il a une communication urgente à lui faire.
GABY A cette heure^ci! Qu'est-ce que ça peut bien être?
MARIETTE Je ne m'en doute pas.
GABY C'est qu'il est très intéressant, le baron.
MARIETTE Je croia bien. L'avenir, peut-être.
GABY Sait-on jamais?
MARIETTE Les hommes, c'est si perfide! Le premier jupon, houttel
GABY, riant
Je ne vois pas beaucoup Le Hibel... froutter. Mais, . enfin, à tout hasard, ce serait bête de décourager le baron.
Mademoiselle a déjà manqué sa visite l'autre jour.
GABY
C'est vrai et je ne l'ai même pas encore remercié de sa corbeille.
MARIETTE Qui finit de se faner dans la lingerie, ordre du patron.
GABY
Ça, c'est une justice à lui rendre. Le Hibel ne peut pais le sentir.
MARIETTE Dame! il le craint.
GABY
Oui, mais il va venir tout à l'heure. Bon Dieu de bois, s'ils se rencontraient! Je suis bien embêtée... {A Mariette.) Qu'est-ce que vous feriez à ma place, vous?
MARIETTE
Je commencerais par me tordre les mains; ça se fait toujours dans ces cas-là.
GABY Voulez-vous être sérieuse! C'est très sérieux.
MARIETTE
Eh bien! à la place de Mademoiselle, je ne recevrais pas le baron... Quand on a accepté d'être esclave, il faut obéir.
GABY, se remuant et éclaboussant A^arielte Comment accepté d'être esclave?
MARIETTE, s'essuy^ant
Que Mademoiselle fasse attention, elle va m'inonder. — Bien sûr. M. Le Hidel a donné l'ordre à Mademoiselle de ne jamais recevoir le baron Farin et à moi de ne pas le laisser entrer.
GABY Oh! pardon, ma fille...
MARIETTE, à part La fille revient, il y a du bon.
GABY On vous donne des ordres à vous, pas à moi I
MARIETTE
C'est exact. A Mademoiselle on exprime des désirs qui y ressemblent.
GABY
M. Le Hibel n'a pas d'ordre à me donner, vous saurez ça.
MARIETTE
Je le saura:, mais je n'en serai pas autrement convaincue.
GABY
Ohl {Elle l'éclaboussé.) J'écume.
MARIETTE Dans Teau, ça n'est pas grave, ça ne se verra pas.
GABY Dieu que c'est compliqué la vie!
Evidemment, la mort est plus simple, mais c'est moins varié.
GABY Quelle sciei
MARIETTE
Je sens que Mademoiselle va recevoir le baron Farin;
110 L'AUTWJCHE
mon deroir est de l'avertir; ce sera une faute. Si M. Le Hibel survient pendant l'entrevue, quel grabuge 1 II est capable de laisser tomber Mademoiselle avec un bruit mou.
CABY Dites donc, vousl
NL\RIETTE Je l'entends encore me dire : « Là-dessus, je ne plaisanterai pas! »
GABY, furieuse Ah! il a dit ça!
MARIETTE
« Et si Mademoiselle se permet de le recevoir malgré ma défense... »
GABY, ffrieuse Il a dit (', se permet » et « défense »?
MARIETTE Et comment! « Eh bien! on rira. «
GABY
Eh bien! on va rire. Introduisez le baron. Mettez le paravent de façon qu'il ne puisse même pas apercevoir le bout de mon nez et laissez-nous.
MARIETTE
Comme Mademoiselle voudra, mais je fais toutes me» réserves.
a\BY
Vous feriez mieux d'en montrer et de ne pas vous mêler de ce qui ne vous regarde pas.
L'AUTRUCHE IIl
MARIETTE Bien, je la boucle. Ma conscience...
GABY
Ohl pas de chichis! Seulement, guettez l'arrivée de Monsieur, et dès que ^ ous entendrez son pas, venez me prévenir. On fera filer le baron par l'office et l'escalier de service.
MARIETTE Pour une première visite, ce sera pommé!
GABY
Le baron sera ravi, ça le rajeunira. Il aura l'impres^ sion d'être un gigolo.
MARIETTE Le rêve des quinquagénaires.
GABY
Quinqua quoi? Ce que pous pouvez être barbante, vous, avec vos mots à la noix! Allons, ouste, le baron, et vivement! {Mariette sort de la salle de bains, place It paravent et cogne une chaise en se dépêchant.) Eh bien! qu'est-ce q'ie vous faites?
J'ouste. {Oirorant la porte de gauche premier plan.) Monsieur le baron. Mademoiselle vous prie d'entrer. Vous ne pourrez pas la voir, parce qu'elle est dans son bain, mais Mademoiselle consent à vous recevoir, vu l'urgence de votre communication. Vous pourrez lui parler par-dessus le paravent. {A mi-ooix.) Vos actions montent, monsieur le baron.
FARIN, îd.
Les vôtres aussi, mademoiselle Mariette.
(Petit signe d'intelligence et sourires entre Mariette et le baron. Mariette sort par la gauche, premier plcn.)